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L’entreprise, pivot essentiel mais fragile de toute politique anticrise ; de la politique anti-crise à l’entreprise : l’émergence d’un lien consubstantiel

Jean-Pierre Olsem Université de Savoie jpolsem@gmail.com

La coupure entre la politique de l’offre et la politique de la demande

La complémentarité entre la politique de l’offre et la politique de la demande fait actuellement l’objet de ce que l’on pourrait qualifier de consensus mou, imposé par l’expérience qui condamne l’exclusivisme obtus, ne reconnaissant que l’une des deux composantes de la politique anti-crise. En particulier c’est le souci de la compétitivité externe qui impose la retenue dans la relance à tout va de la demande. Et, en sens inverse, c’est la pression du chômage qui contraint les rigoristes de la politique de l’offre à concéder le déficit budgétaire ou les largesses des banques centrales. Ainsi les deux versants de l’action anticrise coexistent dans une vision qui demeure éclatée. D’une part, la politique conjoncturelle, macroéconomique. D’autre part, les réformes dites structurelles dominées par l’urgence de mettre fin à des distorsions devenues insupportables à l’opinion publique. Mais l’intégration, notamment conceptuelle, des deux politiques n‘est aucunement réalisée.

Une même dépendance de l’innovation

Mais les deux politiques sont tributaires de l’innovation. Pour la politique de l’offre, c’est particulièrement évident. On peut même identifier la politique de l’offre à la recherche des réserves d’innovation que contient tout système industriel, et qui peuvent être considérables : les baisses de coûts observées couramment dans le secteur manufacturier aussi bien que dans les services, comme les perspectives offertes par la numérisation, sont spectaculaires. Mais le lien de la politique de la demande avec l’innovation n’est pas moins essentiel. Les préférences des consommateurs ne cessent de se modifier et les pratiques productives ont également leurs changements

propres et cette double évolution soutient un processus auto-entretenu, dans lequel les variations de la demande, finale ou intermédiaire, et les changements dans les méthodes de production se relaient et s’entraînent mutuellement.

De l’innovation à l’entreprise

Or l’innovation est indissociable de l’entreprise parce que c’est l’entreprise qui lui donne naissance en transformant l’invention, c’est-à-dire en intégrant cette dernière dans le réseau des échanges et de la formation des prix. C’est en effet par l’entreprise que l’invention prend la forme d’un bien ou d’un service offert et demandé.  Il en découle que l’intégration de l’innovation dans le système des échanges et des prix s’opère par cette même intégration appliquée à l’entreprise. L’entreprise est en effet duale. Elle est à la fois un acteur, sinon l’acteur fondamental, structurant, du système économique, et un objet ayant un prix. Ces deux aspects sont interdépendants : c’est parce que l’entreprise joue son rôle dans la vie économique qu’elle a un prix et c’est parce qu’elle a un prix qu’elle attire des capitaux, y compris publics, qui lui permettent de se développer.

Définition de l’entreprise par son insertion dans le mécanisme des prix

Cette interdépendance, ou réciprocité, en appelle deux autres qui s’enchaînent. D’abord   l’entreprise   commande   l’évaluation   des   biens   et   services   offerts  et demandés parce qu’elle se soumet elle-même à cette évaluation. Mais ensuite  elle soumet cette évaluation en lui imposant des adaptations qui tiennent compte des configurations dans lesquelles elle se trouve, et qui sont les quatre étapes majeures de son développement. Ainsi   l’entreprise nouvellement créée est soumise à une sous-évaluation induite par son absence d’histoire, que les phénomènes passagers d’engouement excessif aggravent plus qu’ils ne l’atténuent. L’entreprise défaillante est confrontée au grippage, voire au blocage, du mécanisme des prix en raison du poids de l’incertitude qui pèse sur elle-même en tant qu’entité que sur ses composantes qui affluent brutalement sur le marché. La transmission de l’entreprise est souvent faussée par les déséquilibres entre les acteurs, illustrés notamment par le poids des considérations financières par rapport aux considérations industrielles. Même le temps ordinaire de l’entreprise peut être troublé par les deux menaces symétriques de la technocratie des hauts dirigeants ou du harcèlement des fonds activistes, Charybde et Scylla du capitalisme de notre temps.

La pratique des affaires et les politiques publiques offrent des instruments pour contenir ou éliminer ces distorsions. L’entreprise idéale serait celle qui les écarterait totalement. En autres termes, la définition de l’entreprise dans le système économique, lui-même reconnu comme un système de prix, pourrait se résumer par la neutralisation des quatre menaces qui pèsent sur l’entreprise selon le stade d’évolution dans lequel elle se trouve. Ainsi une condition nécessaire majeure de la maîtrise de l’innovation serait réalisée. Ce n’est pas le cas, même si des progrès sont en cours.