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La croissance : une notion déphasée en Afrique ?

Roger A. TSAFACK NANFOSSO
REMA, Dschang School of Economics and Management
roger.tsafack-nanfosso[AT]univ-dschang.org

En 1934, à la demande du Congrès américain soucieux d’avoir une idée précise des conséquences de la grande dépression sur la production économique réalisée en interne, Simon Kuznets développe un indicateur qu’il appelle produit intérieur brut (PIB). C’est cette grandeur qui fera l’objet d’une sorte de consensus pour mesurer la croissance, c’est-à-dire la somme des valeurs ajoutées qui capture en principe la variation positive de la production des biens et des services dans un pays et pour une période donnée. En d’autres termes, dès le départ, le malentendu de la croissance est celui du détournement d’une grandeur intérieure statique en une mesure du progrès. On le sait, la croissance est muette sur l’ensemble des mutations sociales, mentales, culturelles et économiques qui motorisent le progrès ou, si l’on préfère, le développement. Et si le développement est la « combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rend apte à faire croître, cumulativement et durablement, son produit réel global » (François Perroux), alors la croissance est conséquemment un concept postérieur au développement. L’Afrique n’étant pas développée, la notion de croissance peut donc être en déphasage complet avec ce qu’il s’y passe et donc être inapte pour décrire et caractériser l’évident bouillonnement économique positif et pluridimensionnel dont témoigne ce continent depuis ces trente dernières années.

Pour tenter d’en rendre compte, je rappelle d’abord les reproches généralement formulés à l’encontre de la croissance et qui trouvent leur terrain de prédilection en Afrique. J’évoque les indicateurs alternatifs censés en corriger les défauts avant d’examiner la forme la plus raffinée du mensonge que sont les statistiques (Benjamin Disraeli) s’agissant de la croissance en Afrique et ailleurs. Enfin, je mets en relief la notion et l’indicateur d’émergence non exempte de critiques mais qui nuance heureusement le rapport aux avancées économiques indéniables du continent.