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LA ZONE EURO 20 ANS APRES : UN ECHEC RATTRAPABLE

Bernard Landais
Université de Bretagne-Sud, France landais-bernard@wanadoo.fr

Résumé

Le bilan de la zone euro est très médiocre, suite à une succession d’erreurs et de malentendus. Les premières ont été d’emblée le choix des pays admis et les malentendus viennent d’une mauvaise appréciation théorique des dangers auxquels s’expose une aventure de ce type. La crise de 2008 est au cœur de cet échec et sa cause principale, aggravée par une récession secondaire en 2012, circonscrite à la zone et consécutive à ses erreurs politiques. La théorie des zones monétaires optimales, application d’une vue dépassée des fluctuations, fut un très mauvais guide et s’est avérée partiellement inadaptée pour apprécier les questions d’ajustement. L’article redéfinit les critères d’adhésion et d’admission des pays appelés à participer à l’euro

et en tire des conclusions concrètes pour le présent et l’avenir.

  1. Introduction: un bilan médiocre, surtout pour la croissance

Il s’agit en premier lieu de porter un jugement sur les résultats du fonctionnement de la zone euro depuis sa création le 1er janvier 1999. A partir de cette date et encore plus visiblement au 1er janvier 2002, douze pays indépendants ont entamé une expérience inédite de monnaie unique. Il s’agira en second lieu d’expliquer les raisons qui nous ont conduits à ces résultats.

La réussite ou l’échec de la monnaie unique se juge sur la base de quelques critères correspondant à ce qu’on pouvait espérer ou craindre à l’orée de la période. Ces critères se rangent en quatre promesses d’importance inégale : La convenance, la croissance,

la convergence et la cohésion conjoncturelle. Ces quatre « c » avaient été promis par les promoteurs et partisans de la monnaie unique dans la période préparatoire.

S’y ajoutait la récompense politique d’un établissement de l’unité monétaire, souvent considéré comme décisive pour la réalisation de l’unité politique. Cet objectif fut la vraie raison de la construction de la zone, celle de la majorité des hommes politiques de droite comme de gauche et c’est par rapport à lui que le chemin fut parcouru à marche forcée jusqu’à la date fatidique, en dépit des réticences d’économistes plutôt sceptiques sur ces quatre promesses. Il ne m’appartient pas de juger de la réalisation de cet objectif politique mais les signes ne sont pas favorables, les conflits d’intérêt entre pays de la zone euro ne s’étant pas réduits et les partis pro-européens ayant probablement perdu une grande partie de leur prééminence (souvent d’ailleurs pour quantité d’autres motifs que celui de l’euro).

Convenance

On en revient donc aux quatre promesses économiques : la première (convenance) était probablement la plus facile à atteindre : l’usage de l’euro entre les pays de la zone est une facilité pratique dont les agents économiques ont pu profiter (disparition des opérations de change entre pays de la zone et des risques associés dans le commerce extérieur, le tourisme, les échanges financiers). Avec le temps, l’euro est sans doute devenu  une  routine  appréciée  des  citoyens  des  pays  concernés.  Néanmoins,  le résultat est relativement en deçà des attentes parce qu’entre-temps les progrès de la numérisation et la généralisation des cartes de paiement ont facilité notablement toutes les transactions monétaires internationales, que les acteurs appartiennent à la zone euro ou non. De même, si la place internationale de l’euro est finalement honorable, les pays européens sont toujours sous la domination écrasante du dollar dans leurs relations commerciales et financières avec le reste du monde.

Croissance

Les critères les plus importants sont aussi les plus classiques, celui de la croissance économique de tous les pays et celui de la convergence, le rattrapage de croissance pour les pays les plus pauvres de la zone. Surtout pour ces derniers mais aussi pour les autres, l’euro a été « vendu » sous cet angle du progrès économique de longue période. On invoquait des raisons tenant à l’accroissement des échanges économiques et financiers (meilleure fluidité des capitaux et des IDE) ainsi qu’à la réduction de l’instabilité conjoncturelle. Tous ces progrès devaient en particulier peser favorablement sur les investissements et la croissance.

Après vingt ans, que dire de cette croissance ? On considère la « zone euro à 12 » (ZE12) sur toute la durée et ses pays particuliers (excepté le Luxembourg). Les petits pays intégrés depuis ne figurent donc pas dans ce bilan des vingt ans. Figurent également, en extra, cinq pays « témoin » européens n’appartenant pas à la zone euro (Danemark, Norvège, Royaume Uni, Suède et Suisse). Enfin, nous laissons à part le problème des zones africaines CFA qui sera mieux traité par d’autres intervenants.

Les performances comparées de la zone euro semblent plutôt médiocres sur la période avec 1,4 % de croissance moyenne (ZE, à droite) ; avec l’exception d’un pays hors normes, l’Irlande et ses 4,4% et à l’inverse les pays à la traine, la Grèce et l’Italie avec 0.75 % et 0,6 % respectivement. A noter bien entendu que les performances observées sur ce graphique sont celles de l’économie globale et non celles du produit par tête d’habitant ; on peut affirmer que ce dernier n’a pratiquement pas progressé dans de nombreux pays de la zone, une situation de stagnation qui concerne aussi la France (+0,6 % seulement) ; le niveau de vie a même globalement diminué en Italie et en Grèce.

La comparaison avec les pays hors zone euro choisis comme témoins est aussi plutôt défavorable, seul le Danemark ayant une performance moyenne moins bonne que celle de la moyenne de l’Union Monétaire. Cette comparaison peu flatteuse n’est toutefois pas suffisante pour condamner la monnaie unique car les forces de croissance d’un pays ou d’un autre dépendent certainement de bien d’autres choses que le régime monétaire.