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TRANSFORMATION STRUCTURELLE ET INDUSTRIALISATION : ANALYSE DES INTERACTIONS ENTRE LES SERVICES DE TÉLÉCOMMUNICATIONS ET LE SECTEUR MANUFACTURIER EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Kwami Ossadzifo Wonyra
Enseignant-chercheur à l’Université de Kara, Département de Master en Planification du Développment, Togo
wonyra.ossa@gmail.com

Résumé : Dans cet article, deux objectifs principaux sont poursuivis. D’abord, il s’agit d’analyser l’effet du secteur manufacturier sur la croissance économique (i), ensuite, de mettre en avant l’effet des interactions du secteur manufacturier et des infrastructures de télécommunications (ii). Pour y parvenir, les données de panel sont mobilisées. Elles couvrent les pays de l’Afrique Subsaharienne (ASS) de 1990 à 2015. Les estimateurs des effets fixes, effets aléatoires et l’estimateur Hausman-Taylor (1981) sont utilisés pour les besoins de robustesse et de prise en compte des spécificités individuelles invariantes dans le temps. Les résultats montrent que le secteur manufacturier affecte positivement la croissance économique dans les pays de l’ASS et que cet effet est plus prononcé avec l’utilisation des services de télécommunications.

mots-clés : Transformation structurelle, Industrialisation, croissance économique, services de télécommunications.

Jel Classification : N17, L96, O14.

STRUCTURAL TRANSFORMATION AND INDUSTRIALIZATION : ANALYSIS OF THE INTERACTIONS BETWEEN TELECOMMUNICATIONS SERVICES AND MANUFACTURING SECTOR IN SUB-SAHARAN AFRICA

Abstract : This article has two main objectives. First, it analyses the effect of the manufac- turing sector on economic growth (i), and second, it highlights the effect of interactions between the manufacturing sector and telecommunications infrastructure (ii). To achieve this, panel data are mobilized. They cover Sub-Saharan African (SSA) countries from 1990 to 2015. Fixed effects, random effects estimators and the Hausman-Taylor estimator (1981) are used for the purposes of robustness and taking into account individual specificities that do not change over time. The results show that the manufacturing sector positively affects economic growth in SSA countries and this effect is more pronounced with the use of telecommunications services.

Keywords : structural transformation, industrialisation, economic growth, telecommuni- cations services.

Introduction

Se référant aux changements qui se sont produits dans l’économie mondiale après la révolution industrielle et aux tendances depuis le XIXe siècle, Lin (2011) a observé que « cette accélération spectaculaire des taux de croissance s’est produite avec l’innovation technologique rapide après la révolution industrielle et la transformation des économies agraires en sociétés industrialisées modernes, la part des emplois agricoles passant de plus de 80 à moins de 10%. Cette tendance intrigante nous a amenés à reconnaître que les mutations structurelles continues induites par l’industrialisation, l’innovation technologique, la modernisation et la diversification industrielles sont des caractéristiques essentielles d’une croissance rapide et soutenue » (p. 3). Le rôle de l’innovation technologique et des services de télécommunications dans la transformation structurelle se doit d’être questionné dans les pays en Afrique subsaharienne.

La majorité des pays africains reconnaissent la nécessité d’une transformation structurelle. Ils ont reconnu ce besoin très tôt après avoir accédé à leur indépendance, il y a une cinquantaine d’années. Cependant, cette transformation leur a échappé alors que des succès ont été observés dans de nombreuses régions d’Asie de l’Est. Il y a des questions évidentes à se poser sur les différents résultats observés en recherchant le rôle des moteurs de la croissance. En essayant de trouver des explications pour les différents résultats, la littérature montre qu’une différence majeure a été le rôle et les capacités de l’État. Alors que l’État a poursuivi la transformation par le biais d’une politique industrielle de manière systématique dans de nombreux pays d’Asie de l’Est, une telle approche systématique n’a pas été observée dans la plupart des régions d’Afrique (Aryeetey & Moyo, 2012). Le rôle et les capacités de l’Etat sont aussi à relever dans la fourniture des services de télécommunications.

Le secteur manufacturier a été pendant longtemps reconnu comme la principale source de la croissance économique et donc du développement (Kaldor, 1966, 1967 ; Rodrik, 2009). Cependant, ce consensus semble être remis en cause de nos jours. Des recherches récentes soulèvent des questions concernant l’importance continue du secteur manufacturier dans le développement économique (Szirmai & Vers- pagen, 2015). Dans les économies développées, le secteur des services représente près de deux tiers de la production nationale conférant un grand poids à l’industrie des services relativement à celle manufacturière (Szirmai, 2012 ; Szirmai & Verspagen, 2015). Aussi, dans les économies en développement, le secteur des services occupe-t-il une part importante. A cet effet, il est maintenant soutenu que les secteurs de services comme l’informatique, les services aux entreprises, la finance ou le tourisme agissent comme les secteurs de premier plan dans le développement et que le rôle du secteur manufacturier est en déclin. Le meilleur exemple pour cette perspective est l’Inde depuis les années 1990 (Dasgupta & Singh, 2005). D’autres auteurs, d’une part, soutiennent qu’il ne s’agit pas de considérer l’ensemble du secteur industriel mais de considérer les sous-secteurs tels que les technologies de l’information et des communications (Fagerberg & Verspagen, 1999 ; Jorgenson, Ho, & Stiroh, 2005). D’autre part, l’expérience de l’Asie de l’Est documente le rôle clé que l’industrialisation a joué dans le développement économique des pays en développement ces cinquante dernières années. De plus, tous les exemples historiques de succès du développement économique et du rattrapage depuis 1870 ont été associés à une industrialisation réussie (Szirmai, 2012).

Beaucoup de pays en Afrique subsaharienne (ASS) ont adopté des politiques industrielles visant la croissance économique soutenue. En effet, la majorité des stratégies d’industrialisation des pays africains ciblent des secteurs économiques spécifiques. Actuellement, en ASS, sur vingt-six stratégies d’industrialisation recensées, dix-neuf ciblent l’industrie manufacturière légère comme secteur essentiel pour le développement, et notamment l’agro-industrie, la filière du bois, de l’habillement, du textile, du cuir et de la chaussure ; seize stratégies portent sur des aspects du développement durable, tels que le recours à des énergies renouvelables et la protection de l’eau ; quinze stratégies se concentrent sur l’agriculture, en particulier l’élevage de bétail, la sylviculture et les produits de la pêche ; treize stratégies ont trait au tourisme et aux services de haute technologie ; une stratégie met l’accent sur l’industrie minière et l’extraction de ressources telles que le cuivre, le pétrole et le gaz naturel ; huit stratégies font du secteur énergétique une priorité, et cinq font de même avec la construction (BAfD, 2016).

Cependant, nous notons que l’industrialisation de l’Afrique ne ressemblera pas à ce qu’ont connu les autres régions du monde – ne serait-ce que, déjà, du fait de la variété des profils des 54 pays d’Afrique, qui emprunteront donc des trajectoires différentes. Ensuite, cette industrialisation ne reposera pas unique- ment sur le secteur manufacturier qui, à 11% du PIB du continent, reste de taille modeste. Les politiques industrielles du 21è siècle peuvent cibler des secteurs à fort potentiel de croissance, comme l’agro-alimentaire et les services à valeur ajoutée (BAfD, OCDE, 2017). Szirmai et Verspagen (2015) ont réexaminé le rôle du sec- teur manufacturier comme moteur de la croissance dans les pays développés et en développement de 1950 à 2005. Ils constatent qu’il existe un impact positif modéré du secteur manufacturier sur la croissance. Cependant, en faisant une comparaison