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IMPACT DE LA CRISE DE 2008 SUR LES PRIX DES MATIÈRES PREMIÈRES ET DES PRODUITS VIVRIERS EN AFRIQUE DE L’OUEST

Madické Mbodj NDIAYE  
Université Alioune Diop de Bambey Samba DIOP
Université Alioune Diop de Bambey

Résumé

L’objectif de ce papier est de mesurer l’impact de la crise de 2008 sur la relation entre les prix des matières premières et des produits vivriers dans quelques pays Ouest Africains. Nous avons fait appel au test de stabilité des coefficients estimés appuyé d’un modèle de régression avec une variable muette représentant la crise. Les résultats obtenus montrent que l’indice des matières premières à une influence significative et positive sur l’indice des produits vivriers. Toutefois, la relation est deux fois plus élevée avant la crise qu’après la crise. Ensuite, le test de stabilité des paramètres confirme l’hypothèse selon laquelle la crise a bien eu un effet sur la relation. Enfin, le test de significativité de la variable binaire captant l’effet de la crise justifie une fois de plus l’impact significatif de la crise de 2008 sur la modélisation des prix des produits vivriers et des matières premières dans ces pays.

JEL Classification : (Q11), (O11), (G14)

Mots clés: Prix des matières premières, Economie du Développement, crises financières

Impact of the 2008 Crisis on Raw Materials and Food Products Prices in West-African Countries

Abstract:

The aim of this paper is to assess the impact of the 2008 crisis on the relationship between the raw materials and food products prices in some West African countries. We used the stability test of the estimated parameters for a regression model with a dummy variable representing the crisis. The results show that the index of raw materials has a significant and positive influence on the index of food products. However, the relationship is twice as high after the crisis. Then, the stability test confirmed the hypothesis that the crisis had an effect on the relationship. Finally, the test of significance of the dummy variable capturing the effect of the crisis once again justifies the impact of the 2008 crisis on the modelling of the price of food products and raw materials in these countries.

Key words : Commodity prices, Development Economics, financial crises

 

Introduction

Les prix des matières premières ont connu des fluctuations considérables au cours de la dernière décennie. Leur envolée entre 2002 et 2008 a été la plus forte depuis plusieurs dizaines d’années de par son ampleur, sa durée et sa portée. La contraction des prix survenue ensuite après le déclenchement de la crise mondiale actuelle au milieu de l’année 2008 a été particulièrement forte et a touché un nombre important de produits (CNUCED, 2011). Pour certains, cette récente évolution des prix des matières premières s’explique par les profondes transformations des relations fondamentales entre l’offre et la demande, notamment la forte croissance des économies émergentes couplées (i) à une urbanisation rapide et à des changements de régimes alimentaires de leurs classes moyennes ; (ii) à des tentatives de réduire l’utilisation des énergies fossiles et au recours aux biocarburants ; (iii) à la diminution de la productivité de certains produits agricoles liée à des chocs d’offre en lien ou non avec le réchauffement climatique (Bicchetti et al, 2013).

En Afrique de l’Ouest85, l’approvisionnement des marchés de produits ali- mentaires (produits agricoles et produits transformés) dépend d’une agri- culture familiale fragile et de fortes importations de produits en provenance d’Asie, d’Europe et d’Amérique. Donc, les prix des produits vivriers dépendent fortement des conditions du marché international. La flambée des prix inter- nationaux des céréales en 2007-2008 et les mouvements sociaux  concomi- tants dans les capitales du Sud ont remis sur le devant de la scène la question de la   dépendance   alimentaire   et   de   l’interdépendance   entre   les   mar- chés   alimentaires   domestiques des pays connaissant des déficits alimentaires récurrents, dont les pays de   l’Afrique   Sub-saharienne en   particulier,   et le   marché   international   des   produits   agricoles (David-Benz et al, 2010).

Les prix des produits agricoles ont connu une hausse durant la période 2007-

2017 si on les compare à la moyenne 2005-2007. La crise financière de 2008 a conduit à une compression des activités de spéculation sur les produits financiers et a ouvert une brèche sur les marchés des produits de base. Cela s’est traduit par une augmentation significative des actifs liés aux produits de base qui sont passés de moins de 10 milliards de dollars vers la fin du siècle dernier à un niveau record de 458 milliards de dollars en avril 2011 (Maystre et al, 2013) Des travaux ont montré que depuis la crise financière de 2008 il y a eu une introduction mas- sive de spéculateurs sur les marchés de produits agricoles notamment sur les marchés dérivés des produits de base. Les volumes des produits dérivés en cours (open contracts) négociés en bourse sur les marchés des matières premières sont 20 à 30 fois supérieurs à la production physique (Silvennoinen et Thorp, 2010).

Plus spécifiquement, des travaux ont montré que la crise financière a impacté les prix des matières premières. Mais très peu de travaux se sont intéressés sur l’impact de la crise sur les prix des produits vivriers. Dans ce papier, nous voulons analyser l’impact de la crise sur les prix des produits vivriers à travers la relation entre le marché des matières premières très dépendant du contexte international et le marché des produits vivriers en Afrique de l’Ouest. L’objectif de cette étude est  de voir l’impact de la crise financière de 2008 sur la relation entre les prix des produits vivriers et les prix des matières premières.

Notre papier a une contribution double. Premièrement, notre étude s’intéresse à un panel de pays qui sont exposés aux chocs extérieurs de prix des produits agricoles et un panier de produits alimentaires composé du riz de la tomate du lait et des fruits et un panier de matières premières composé de l’arachide du coton et du maïs. Deuxièmement, il traite non pas la relation entre la crise et les volumes d’échanges de matières premières mais plutôt la relation entre les prix des matières premières et des produits alimentaires. La suite de l’article est structurée comme suite. La section 1 fait une présentation des performances économiques des pays de l’Afrique de l’Ouest. La deuxième section dresse une revue de de la littérature. La troisième présente la méthodologie utilisée. La section 4 résume les résultats obtenus, puis la dernière partie conclut.

  1. Performance économique et marchés agricoles ouest-africains

Les pays de l’Afrique de l’ouest enregistrent une croissance économique continue de plus de 3% entre 2000 et 2017 selon la Banque mondiale ; elle est estimée à 3,8% en 2018. Cette croissance est portée par les services qui dominent l’économie, contribuant à hauteur de 42 % du PIB en moyenne ces dix dernières années, suivi de l’agriculture (35 %) et de l’industrie (23 %) (BAD, 2015). Cependant, la croissance est inégalement répartie entre les pays de la sous-région puisque c’est le Nigéria qui portent 70%86   de la croissance sous