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EXISTE-T-IL UN LIEN ENTRE LE REGIME DE CHANGE ET LA DIVERSIFICATION DES EXPORTATIONS DANS LES PAYS DE LA CEDEAO ?

Is there a link between the exchange rate regime and export diversification in eCOWas countries ?

Akilou amadOU3
Université de Lomé (TOGO)
Faculté des Sciences Economiques et de Gestion, Département d’économie
aamadou@univ-lome.tg
ORCID : 0000-0002-3820-9438

Kodjo W. baOUla3
Doctorant en sciences économiques à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de l’Université de Lomé (FaSEG-UL) kodjobaoula@gmail.com
ORCID 0000-0001-6835-0953

Yézidou ali3
Doctorant en sciences économiques à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de l’Université de Lomé (FaSEG-UL)
aliyezd@gmail.com
ORCID :0000-0002-7998-0966

Abstract : The choice of exchange rate regimes remains an important but controversial issue in developing countries that remain open to the rest of the world and whose exports depend on primary products. The objective of this paper is to analyse the effect of the exchange rate regime on export diversification of ECOWAS countries. To do this, we adopted an empirical investigation based on a regression of a linear panel data model of 10 ECOWAS countries over the period 1990 to 2014 using the Iv-2SLS estimation technique. Our results mainly indicate that the fixed exchange rate regime is significantly conducive to export diversification in ECOWAS countries. In the light of these results, in order to improve ex- port diversification, the governments of these countries need to undertake policies aimed at maintaining the stability of their national currencies vis-à-vis foreign currencies through an appropriate exchange rate policy.

Keywords : exchange rate regime, exchange rate volatility, export diversification, ECOWAS.

Résumé : Le choix des régimes de change demeure un sujet important mais controversé dans les pays en voie de développement qui restent ouvert au reste du monde et dont les exportations sont tributaires des produits primaires. L’objectif de ce papier est d’analyser l’effet du régime de change sur la diversification des exportations des pays de la CEDEAO. Pour ce faire, nous avons adopté une investigation empirique basée sur une régression d’un modèle linéaire en données de panel constitué de 10 pays de la CEDEAO, sur la période

1990 à 2014, avec la technique d’estimation des Iv-2SLS. Nos résultats indiquent principalement que le régime de change fixe est significativement favorable à la diversification des exportations dans les pays de la CEDEAO. Au regard de ces résultats, pour améliorer la diversification des exportations, les gouvernements de ces pays doivent entreprendre des politiques destinées à maintenir la stabilité de leurs monnaies nationales vis-à-vis des monnaies étrangères à travers une politique de change appropriée.

Mots-clés : régime de change, volatilité du taux de change, diversification des exportations, CEDEAO

Jel Classification : F31, O14, O24, O55.

Introduction

Selon la théorie traditionnelle, la diversification des exportations est un déterminant potentiel du choix des régimes de change (Kenen, 1969 ; McKinnon, 1969). Ainsi, le choix des régimes de change demeure un sujet important mais controversé dans les pays en voie de développement qui restent ouvert au reste du monde (Allegret, Ayadi, & Haouaoui Khouni, 2011). En effet, dans les pays en voie de développe- ment, le choix du régime de change est important en raison de la dépendance de leurs exportations des produits de base et de produits manufacturés à faible valeur ajoutée. Les taux de change compétitifs sont susceptibles de favoriser la croissance et la diversification des exportations (Rodrick, 2008).

Depuis la fin des années 1970, de nombreux auteurs ont étudié la relation théo- rique entre la gestion du taux de change et les flux commerciaux internationaux (Gagnon, 1993 ; Dixit, 1989 ; Cushman, 1983 ; Hooper & Kohlhagen, 1978). Les théories du commerce international (Smith, 1776 ; Ricardo, 1817 ; Samuelson, 1971 ; Jones ; 1971 ; Heckscher & Ohlin, 1991) soutiennent que les pays devraient se spécialiser dans la production et l’exportation de produits de base dont ils

possèdent un avantage comparatif sur les autres pays du monde. Cependant, ces théories de l’avantage comparatif ont été contestée par Prebisch (1950) et Singer (1975) qui soutiennent que la spécialisation dans les produits de base rendait les pays en développement tributaires des matières premières et des produits agricoles pour leurs exportations et que les produits de consommation et de fabrication des pays développés étaient tributaires des importations, d’où la nécessité de diver- sifier les exportations. Ainsi, la « nouvelle « théorie du commerce soutient que le commerce d’un pays peut croître soit à des marges intensives, soit à des marges extensives (Melitz, 2003).

La littérature empirique qui examine la croissance et la diversification des expor- tations a donné lieu à de nombreuses découvertes permettant de mieux comprendre les forces motrices de la croissance des exportations (Hummels & Klenow, 2005), l’évolution des modèles de diversification des exportations (Cadot, Carrere, & Strauss-Kahn, 2011), la relation entre diversification des exportations et croissance économique (Cadot et al., 2013 ; Allegret et al., 2011) et la relation entre l’incertitude du taux de change et la croissance des exportations (Bergin & Lin, 2008), etc. Le choix des régimes de change est également un sujet important mais controversé de l’économie internationale qui reste ouvert. En effet, selon la théorie tradition- nelle des régimes de change, la diversification des exportations est un déterminant potentiel du choix (Kenen, 1969).

Dans les pays de la CEDEAO, il existe actuellement deux principaux régimes de change, le régime de change fixe et le régime de change flottant. On distingue en effet dans la zone deux groupes de pays : d’un côté il y a les pays de l’UEMOA et le Cap vert dont les monnaies étaient en change fixe respectivement avec le franc français et l’escudo portugais jusqu’en 1999 et par la suite avec l’Euro ; de l’autre côté, on trouve les pays anglophones qui ont des monnaies indépendantes. Après une brève participation à une caisse d’émission ancrée à la livre sterling, la plupart d’entre eux ont choisi le régime de flottement administré pour leur monnaie. Ces pays en développement sont spécifiquement caractérisés par une diversité des situations structurelles et macroéconomiques. Notamment la vulnérabilité aux chocs externes ; la concentration géographique des échanges ; les engagements libellés en devises étrangères ; le taux d’inflation parfois élevé et faible crédibilité monétaire ainsi que qu’un marché domestique des capitaux souvent embryonnaire.

En effet, l’analyse des indices de diversification et de la volatilité du taux de change dans la CEDEAO entre 1990 et 2014 montre que les pays à régimes de change fixes ont enregistré en moyenne un indice4 de diversification de 4,16 avec un minimum de 2,55 observé au Togo en 2014 et un maximum de 5,95 observé en Guinée Bissau en 2008 contre une volatilité du taux de change nominal moyenne de 156,91 avec un minimum de 0,19 observé Guinée Bissau en 2008 et un maximum de 733,04 observé au Sénégal en 2001. Par contre, sur la même période, les pays à régimes de change flexible ont enregistré en moyenne un indice de diversification de 4,59 avec un minimum de 3,16 observé au Ghana en 1997 et un maximum de 6,08 observé au Nigéria en 1992 contre une volatilité du taux de change moyenne de 21,36 avec un minimum de 0,02 observé au Ghana en 2002 et un maximum de 83,38 observé au Nigeria en 1990. Cette différence de performance en termes de diversification des exportations pour les deux groupes de pays montre à quel point il est important d’appréhender les effets du régime de change sur la diversification des exportations de ces pays.

Par ailleurs, les travaux portant sur le choix du régime de change dans les pays de la CEDEAO ont montré la diversité des résultats. Si Simwaka (2010) trouve que les régimes de change fixe devraient être privilégiés par les pays de la CEDEAO, Diop et Fall (2011) estiment pour leur part que ces pays peuvent opter pour des régimes de change fixe et intermédiaire. Par contre, pour Dupasquier, Osakwe et Thangavelu (2005), le régime de change approprié pour les pays de la CEDEAO est le régime de change flexible. Ces résultats contradictoires font ressortir de plus, l’intérêt d’une étude sur les effets du régime de change sur la diversification des exportations des pays de la CEDEAO. Ainsi, l’objectif ce papier est d’analyser l’effet du régime de change sur la diversification des exportations des pays de la CEDEAO en vérifiant si les volatilités du taux de change améliore ou freine-t-il le niveau de diversification des exportations de ces pays.

En termes d’apport, ce papier a contribué au débat actuel sur l’identification du régime de change optimal pour la future union monétaire ouest africaine en vue d’améliorer le niveau de diversification des exportations au sein d’une même union douanière (la CEDEAO), où règne à la fois un régime de change flexible (pays Hors-UEMOA) et un régime de change fixe (pays de l’UEMOA). La suite du papier présente : l’analyse des performances de diversification des exportations des pays de la CEDEAO (section 1) ; la revue de la littérature (section 2) ; l’approche méthodologique (section 3) ; la présentation de résultats et leur interprétation (section 4) et enfin la conclusion et les recommandations.