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UNE THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
A theory of economic development

Bernard LANDAIS

Professeur Emérite à l’Université de Bretagne-Sud, France landais-bernard@wanadoo.fr

Abstract : Many societies are stuck in development ; to relaunch the process, the article proposes a new theoretical context derived from the MIE-Growth model extended to deve- lopment. The importance of human cultures and their transmission is emphasized, alongside all the more traditional forces of investment. Development is also considerably hampered and sociologically constrained by the existence of pressures on the choices of individuals.

Keywords : growth, development, human cultures, investments, inheritance, pressures.

Résumé : Beaucoup de sociétés sont en panne de développement ; pour relancer le pro- cessus, l’article propose un nouveau contexte théorique dérivé du modèle MIE-Croissance élargi au développement. L’importance des cultures humaines et de leur transmission est soulignée, à côté de toutes les forces d’investissement plus classiques. Le développement est aussi considérablement freiné et sociologiquement restreint par l’existence des pressions s’exerçant sur les choix des individus.

Mots-clés : croissance, développement, cultures humaines, investissement, transmission, pressions.

JEL Classification : O, O10, O11, O15, O50.

Introduction

On prend progressivement conscience du reflux généralisé du développement économique partout dans le monde. Dans les pays déjà avancés on a le sentiment que le « champ du développement » est mal entretenu, beaucoup s’enfonçant dans le déclin économique et une morosité inquiète. Tout se passe comme si les anciens ressorts du progrès humain s’y étaient assez brusquement détendus. Dans les pays en retard, les avancées promises se dérobent et l’espoir de développement disparaît.

Il n’est jusqu’aux pays émergents qui ne parviennent pas à transformer la croissance du PIB en progrès sociétaux et culturels pour la majorité de leur peuple.

La France et l’Europe de l’Ouest perdent leur développement par aff issement économique, démographique, identitaire et moral. La crise sanitaire de 2020 en est l’expression désolante. La Chine qui veut ignorer l’individu et sa dimension spiri- tuelle au profit d’une croissance matérialiste grossièrement inégalitaire, se tourne vers la puissance et la recherche de domination ; elle renoue avec le communisme. Les sociétés musulmanes radicalisent leurs croyances et durcissent leurs rapports internes et externes. Certaines comme la Turquie se tournent vers la recherche prio- ritaire de puissance en ignorant le développement. De leur côté, en Afrique ou en Amérique latine, beaucoup de pays restent ou redeviennent des sociétés duales ou multiculturelles, certains groupes prospérant et certains autres perdant tout contrôle sur leur avenir. L’Afrique, aux prises avec une expansion démographique excessive, connait une croissance économique insuffisante. On pourrait multiplier les exemples, sans omettre évidemment celui de la principale puissance mondiale, les Etats-Unis, où le risque d’éclatement apparu lors de l’élection présidentielle de 2020 témoigne d’un déclin humain accéléré et de clivages inquiétants. Ce cas illustre bien l’un des paradoxes du temps : des sociétés avancées, surtout anglo-saxonnes, jouissent encore d’une croissance économique substantielle mais ne parviennent pas à en tirer un bien-être supplémentaire pour le plus grand nombre ; elles sont exactement « le » mauvais exemple pour les autres économies, en particulier celles des pays émergents. Le développement économique évanoui est en lien étroit avec ce mal-être généralisé puisque qu’il en est tout à la fois une cause et une des conséquences. Faute d’obtenir d’eux un vrai développement, la plupart des populations se détourne de leurs dirigeants, le mépris réciproque étant porteur de situations prérévolutionnaires.

Ainsi, le chemin du développement économique doit-il être à nouveau exploré et réemprunté pour écarter du monde les catastrophes qui se profilent. Est-ce encore possible ?

Pour renouer avec le développement économique, tentons d’abord de le com- prendre. Une théorie claire est un préalable nécessaire à des ajustements patients car la croissance économique et le développement sont des phénomènes de basse fréquence. La route est longue mais elle reste praticable. Les options sont largement celles des gouvernements nationaux qui gardent encore la main sur ces enjeux de croissance et de développement, sous réserve de leurs traités d’intégration. A cette réserve près, qui parfois n’est pas mince, les pays peuvent librement choisir le développement

économique comme axe de leur politique future.

Qu’appelle-t-on développement économique ?

C’est d’abord le surplus d’utilité liée à la quantité de biens et services dont on bénéficie, directement par la consommation privée ou indirectement par les ser

vices publics ; il n’est qu’un premier élément. Un deuxième élément, tout aussi important, est la qualité de la vie humaine, combinaison de temps et de cultures. Le niveau de développement économique se définit donc comme l’utilité finale des consommations, de l’allocation du temps et des cultures appropriées, en une combinaison qui optimise la qualité de la vie humaine.

Selon cette définition, une société traditionnelle peut parfois être développée. A l’examen, on pourra constater qu’elle a disposé de certaines cultures humaines d’un niveau élevé : coutumes, pratiques sociales, solidarités, religion… Cependant, son problème devient vite celui des menaces et des influences extérieures car elle s’en défend mal, faute de puissance ; la recherche de moyens supplémentaires appropriés s’impose souvent à elle à la suite de ces contacts, la sauve parfois phy- siquement mais la dénature toujours.

Techniquement, le niveau de développement économique s’obtient par une fonction d’utilité de type traditionnel soumise aux règles classiques des utilités marginales décroissantes et dont les arguments sont le PIB, les patrimoines privés, le temps non professionnel, quelques cultures humaines et les contraintes ou pressions. Le PIB est lui-même le fruit des progressions de l’organisation et des facteurs de production, c’est-à-dire des investissements effectifs. A leur tour, ces derniers dépendent d’une quantité de variables dont beaucoup sont également des cultures

humaines utiles.

En définitive, le développement économique apparaît comme le résultat d’un processus quasi illimité d’investissements passés en facteurs et en cultures.

La théorie du développement retenue ici s’appuie sur le modèle de croissance du PIB à investissements effectifs (MIE). Le MIE expose la diversité des cultures humaines et analyse leurs impacts spécifiques sur les investissements en facteurs de production. Son exposé sera le fil conducteur de notre première partie. Une de ses « pointes » explore les voies de transformation des progrès qu’inclut le PIB en développement économique. Cependant, nous verrons qu’il s’agit plutôt d’un système interactif réunissant à parité la croissance économique et le mouvement de développement.

La deuxième partie sera consacrée aux facteurs spécifiques du développement, les déterminants de l’utilité collective agissant sur la qualité de vie. On reliera d’abord la croissance du PIB au développement ; l’économiste se déplacera ensuite sur des terrains mouvants où il ne pourra faire état de beaucoup de chiffres mais où les principales avancées se feront au contact de la philosophie, des religions et des techniques.

La démarche exprime le retour en force de l’analyse du développement. Par le passé, les macroéconomistes anglo-saxons du courant théorique principal uni- fiaient l’analyse dynamique de longue période autour de la notion de croissance économique ; le cas des pays pauvres rejoignait alors celui des pays riches au sein d’une analyse trop souvent désincarnée mais se prêtant à la mesure. De nos jours,

les problèmes des pays riches redeviennent ceux des pays pauvres et relèvent de plus en plus de la théorie élargie du développement. Ce renversement est scientifique- ment heureux car il nous rapproche des vraies causes des dynamiques économiques et prépare les politiques concrètes exigées par la situation déprimée évoquée au commencement.

L’analyse débouche sur une mise en système des problématiques de la crois- sance économique et du développement, rassemblant la quantité en mouvement et la qualité en mouvement. Si la démarche s’effectue dans cet ordre classique, en principe rien n’interdirait désormais de procéder en sens inverse : l’approche du développement redeviendrait alors première et celle de la croissance économique suivrait. Comme l’immense majorité des économistes est bien cramponnée à la théorie de la croissance économique conventionnelle, il est pourtant préférable de suivre l’ordre de réflexion adopté par le texte.

Eclairer la politique future à mener pour renverser les mauvais courants de déclin ne fournit pas de solution miracle ! Il n’y a pas d’alternative à une transmission plus active du capital et des cultures favorables à la croissance et à la qualité de la vie humaine. Cette politique de restauration patiente se heurte pourtant à un obstacle considérable, celui des mentalités contraires et du soutien qu’elles reçoivent des diverses formes de pouvoir.

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