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Une politique monétaire pour l’emploi dans l’uemoa
A monetary policy for employment in the WaemU

Mouhamadou moustapha lY1
Université Mohamed-6 Polytechnique, Benguerir (Maroc) Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal) Département des Sciences Économiques /
Faculté de Gouvernance Sciences Économiques et Sociale mouhamadoumly@yahoo.fr
ORCID : 0000-0002-3579-0423

Abstract : Despite great results of member countries of the West African Monetary and Economic Union (WAEMU) in the attainment of the convergence conditions the issues of poverty incidence and employment remain important in the eight economies. The renewed debate on macroeconomic linkages in the aftermath of the 2008 global crisis, leads us to wonder whether there would not be a room to improve significantly the effectiveness of current economic policies in developing economies especially those in the WAEMU. Indeed unemployment remains high even if inflation is duly under control and growth has reached unprecedented levels in the Union. The main message of this paper is that targeting inflation solely is not sufficient to promote economic and social development. The Central Bank of West African States (BCEAO) may recourse to (in) direct instruments (reserve require- ment or even quantitative objectives for banks in terms of credit to SMEs) to induces the right incentives for the financial system to finance more directly small business and other SMEs that create jobs.

Keywords : GMM, monetary policy, unemployment, vector autogression, WAEMU.

 

Résumé : malgré la réussite, pour la plupart des États membres, dans le respect des critères de convergence les niveaux de pauvreté et de sous-emploi restent importants dans l’UEMOA. La remise en question d’un certain nombre de réalités et mécanismes macroéconomiques conduisent à s’interroger sur l’efficacité profonde des politiques économiques menées dans les pays de l’union. Ainsi malgré des taux de croissance élevé avoisinant les 7% avec une excellente maitrise de l’inflation le chômage reste important et la création d’emploi encore insuffisante. Les premiers résultats obtenus par cette étude montrent que cibler l’inflation comme seul objectif de la politique monétaire ne va pas dans le sens d’une promotion d’une croissance inclusive créatrice d’emploi et réductrice de pauvreté. Bien au contraire les instruments à la disposition de la banque centrale (BCEAO) devraient être mis à contri- bution pour stimuler l’emploi notamment celui des jeunes. L’usage d’instruments direct de politique monétaire (ligne de crédit dans les banques de second rang) ou du taux directeur s’avère complémentaire aux politiques sectorielles d’emploi.

mots-clés : emploi, GMM, UEMOA, politique monétaire, vecteurs autoregressifs.

Jel Classification : E58, O11, J2.

Introduction

La zone UEMOA est, avec l’espace CEDEAO, l’une des zones les plus intégrée du continent africain. En effet ce sous ensemble a pu atteindre en l’espace de vingt- cinq2 années un stade très avancé dans la coordination des politiques économiques, sociales (santé, enseignement supérieur), d’infrastructure, de sécurité pour ne citer que celles-ci. L’UEMOA est la matérialisation de l’approfondissement de ce qu’a été l’intégration en Afrique de l’Ouest sous le traité de l’UMOA. La différentes crises (dettes, termes de l’échange) avec leur corollaire de plans d’ajustement structurel ont rendu nécessaire pour les États d’aller vers une meilleure coordination des politiques économiques. Cela était d’autant plus nécessaire que la viabilité de la zone monétaire en dépend grandement dans la mesure où une absence d’uniformisation des politiques budgétaires par exemple conduirait l’institution émettrice à être actif à défendre le peg juste à cause du comportement de certains États. Conscient des enjeux, les États conviennent en 1994, dans le sillage du change- ment de parité, la création de l’UEMOA qui aura la charge de la surveillance de la convergence des huit économies. Dans ce cadre, la commission de l’UEMOA a dès 1999 mis en place des critères de convergence répartis en quatre de premier rang et quatre autres de second rang. Les critères de premiers rangs du Pacte de Convergence, de Stabilité, de Croissance et de Solidarité (PCSC) concernent le taux de solde budgétaire de base (positif ou nul), le taux d’inflation annuel moyen (inférieur ou égal à 3%), l’encours de la dette (inférieur ou égal à 70% du PIB) et

la non-accumulation d’arriérés de paiement. Les quatre autres conditions sont relatives à la masse salariale rapportée aux recettes fiscales (inférieure ou égale à 35%), les investissements publics financés sur ressources internes (au moins

20% des recettes fiscales), le déficit extérieur courant hors dons (supérieur ou égal à –5% du PIB nominal) et le taux de pression fiscale (supérieur ou égal à 17%)3. Si l’on s’en tient aux critères sus-cités, de réel progrès ont été accomplis par les pays membres et l’environnement macroéconomique de l’UEMOA est des plus stables sur le continent africain. Par exemple pour 2019, il est attendu que tous les pays membres respectent les quatre critères de premier rang (à l’exception du Niger pour le critère sur le solde budgétaire conventionnel).

Sur le plan des performances économiques, la croissance reste vigoureuse (avec la Côte d’Ivoire et le Sénégal en tête de peloton) avec 6,4% et 6,3% respectivement en 2018 et 2019 contre 3,2% et 3,6% pour la région CEDEAO sur la même période.

Tel qu’évoqué plus haut, au-delà des indicateurs macroéconomique, la grande question reste le développement social et humain. En d’autres termes et comme le souligne l’adage populaire est ce que la croissance se retrouve dans le panier de la ménagère (?). Azam (2004) fait noter que la dévaluation s’est indéniablement accompagnée par une reprise de la croissance et un rétablissement des grands équilibres macroéconomiques ; la question qui se pose c’est celle de voir la tra- duction de ces performances sur le terrain de la lutte contre la pauvreté. Djoke, Ayawo, D’Almeida et Rachidatou (2009) font clairement remarquer le fait que les politiques macroéconomiques n’aient pas permis d’assurer une croissance éco- nomique inclusive et pro-pauvre. Si l’on considère l’indicateur IDH, la plupart des économies UEMOA sont classés à partir de la 163ème place (sur 189) ce qui montre que la politique économique dans l’Union gagnerait à cibler davantage et plus directement le développement social et humain. Sur ce point et à l’instar des autres pays en développement, les huit pays UEMOA font face au défi de rendre plus inclusif la croissance. Si l’on regarde les niveaux de pauvreté, des résultats non négligeables ont été obtenus mais les taux de prévalence restent élevés (figure 1). Sur les dernières données disponibles, le taux de prévalence de la pauvreté a aug- menté entre 1991 et 2012 pour pas moins de quatre pays de l’UEMOA (Bénin, Guinée Bissau, Côte d’Ivoire, Togo) avec des taux allant de 30% (Côte d’Ivoire) à 55% (Bénin) et 70% (Guinée Bissau). Pour les autres économies de la région, la pauvreté a baissé mais reste dans des proportions nettement supérieures comparé à d’autres régions en développement (Asie).

Une telle situation appelle une politique économique à travers ses deux com- posantes, le budget de l’Etat et la politique monétaire, qui soit au delà de l’unique objectif de stabilisation macroéconomique se fixer des cibles quantitatives en termes de développement social. La politique budgétaire, comme évoqué plus haut, est

traditionnellement assez bien encadré dans les unions monétaires et l’UEMOA ne fait pas acception sur ce point. Les seuils de 3% et 70% pour le taux de solde budgétaire conventionnel et pour le taux d’endettement respectivement n’offrent pas une large marge de manœuvre pour les Etats. Les interventions des Banques centrales quant à elles sont souvent réduites à un instrument dédié à la stabilisation des prix ; et la stabilité des prix serait l’un des meilleurs moyens pour contenir la vulnérabilité et renforcer la résilience des populations les plus pauvres. La poli- tique monétaire peut-elle avoir un objectif autre (que la poursuite d’une inflation stable et prévisible) et qui soit d’ordre social ? Dans le cas d’une réponse positive, la politique monétaire telle que traditionnellement enseignée avec ses trois étapes (instruments, objectifs intermédiaires, objectifs finaux) passerait à deux étapes avec un (ou plusieurs) instruments de politique monétaire pour l’atteinte d’un objectif final de politique économique (e.g. croissance du PIB, inflation, emploi, chômage).

Dans ce cadre, il s’agit de voir dans cet article les arguments théoriques en faveur d’un changement de paradigme dans la conduite de la politique monétaire dans l’espace UEMOA. Quant aux résultats des tests empiriques, ils vont dans le sens d’une politique monétaire qui est en mesure d’être efficace face aux questions de développement social notamment pour ce qui concerne la création d’emploi.

Le reste du papier est organisé autour de cinq sections. La section suivante revi- site la littérature principalement sur ce qui concerne un rôle plus actif à accorder aux banques centrales. A la suite de cela, il sera présenté les arguments théoriques puis la stratégie empirique qui sera adoptée. 

Figure 1. Taux de prévalence de la pauvreté dans les pays UemOa et ceux dans les régions Afrique et Asie

Source : (IMF, 2016).