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STAGNATION DE LA CROISSANCE FRANÇAISE

Bernard LANDAIS
Université de Bretagne-Sud
landais-bernard@wanadoo.fr

Le constat de baisse tendancielle de la croissance française n’est plus à faire. Au bon temps du miracle français, sous Georges Pompidou, les taux de croissance du PIB par tête avoisinaient les 5 % mais ils sont passés à 2 % après 1975 et à moins de 1 % depuis 1990 (hors crise). Cette stagnation française mérite réflexion, d’autant que le pouvoir d’achat réel hors prélèvements connaît probablement une évolution encore pire.

MIE

Rien de tel qu’un bel acronyme pour nous mettre en appétit. Il signifie Modèle à Investissement Effectif59. Selon cette approche, la croissance du produit dépend de l’expansion de quatre facteurs : l’agrégat des procédés et nouveautés techniques A, le travail L, le capital physique K et le capital humain dédié à la production H1. Les précède ce qu’on nomme le facteur d’organisation O qui regroupe les fonctionnements institutionnels publics et managériaux ainsi que les équipements donnant son efficacité à la combinaison productive.

Le résultat principal d’une manipulation mathématique élémentaire, à partir de la fonction de production, est une équation de croissance du revenu par tête exprimée comme suit :

Les expressions « dLog » signifient « taux de croissance », les paramètres ai représentant les élasticités de la production par rapport aux divers facteurs évoqués (leur somme peut être supposée proche de 1) ; N est la population totale et son taux de croissance dLogN.

Pour obtenir le taux de croissance de l’économie (de PIB/N) il suffit de cumuler les progressions des facteurs et de O. L’originalité du modèle ne réside pas seulement dans cette présentation mais plus profondément dans deux aspects :

– MIE ne prévoit pas une mais trois catégories de capital humain H1, H2, H3

(voir encadré-ci-dessous).

– Les diverses croissances des facteurs appelées à garnir l’équation précédente sont considérées comme des fonctions d’investissement effectif accrochées à des comportements d’agents précis et s’interdisant toute facilité de détermination exogène. La place de l’Etat est objectivement énorme dans ce dispositif car il est présent dans toutes ces fonctions d’investissement (accumulation de capital physique et humain sous leurs diverses formes, développement du niveau technique, offre du facteur travail et taille de la population) sans oublier son rôle clef dans l’évolution du facteur d’organisation O.

Encadré N° 1 :

Variétés de capital humain

Soit H1 la masse des connaissances et compétences déployées par la main d’œuvre pour réaliser la production de biens et services. H1 étant appliqué au travail L, sa rémunération fait partie globalement de la rémunération du travail. Ce facteur H1 se constitue par l’instruction de base d’origine familiale et  scolaire,  l’enseignement  technologique  aux  divers  niveaux  ainsi  que  par des enseignements supérieurs de type didactique (Gestion, Droit, Médecine, Sciences…). Il profite aussi de la formation permanente. Ce capital humain progresse encore par l’« effet d’apprentissage», le fameux « learning by doing » découvert par Erick Lundberg et Kenneth Arrow.

Soit H2 ou E (Entrepreneuriat) le capital humain exprimant une capacité à mettre en place de nouveaux éléments de capital par l’investissement. Cette forme de capital humain, que l’on peut aussi dénommer « audace créatrice» exprime l’aptitude à mesurer, maîtriser et surmonter le risque impliqué par les investissements. Elle suppose une certaine « âpreté au gain ». En partie héritage naturel et familial, elle est encouragée par une éducation insistant sur la complexité, la culture, le jugement et surtout respectant la liberté individuelle et la créativité. Par contre, elle souffre de certaines institutions ou évolutions mentales, religieuses et sociales et en particulier des accents mis sur la conservation, la sécurité et l’égalité

La troisième forme de capital humain H3 est l’aptitude à découvrir et appliquer de nouvelles idées et par suite à augmenter le stock des procédés mis en œuvre. Elle se cultive beaucoup mais pas seulement, à l’aide d’enseignements de haut niveau et grâce aux mesures destinées à accroître le nombre de futurs chercheurs, par exemple en évitant leur déclassement social et les diversions. Comme H2, cette forme de capital humain se nourrit d’une éducation ouverte sur le risque, la culture et la réflexion personnelle, capable de transgresser les conformismes scientifiques et sociétaux. Le niveau technique A est l’ensemble d’idées avec lequel on peut préparer la production soit dans sa nature même, un

produit nouveau par exemple, soit dans les moyens utilisés.