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RÉGIMES DE CHANGE ET CROISSANCE ÉCONOMIQUE DANS LA COMMUNAUTÉ ÉCONOMIQUE DES ÉTATS DE L ’ AFRIQUE DE L ’ OUEST

Amath Ndiaye
Maitre de Conférences (FASEG) Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD)
amathndiay[AT]gmail.com

Komlan Amen Dogbe
Ingénieur-Statisticien-Economiste (ISE) ENSAE Dakar
dogbekmlanamen[AT]gmail.com

Résumé : L ’ objectif ici est d ’ étudier l ’ effet du régime de change sur la croissance du revenu par tête des pays de la CEDEAO, à partir des données de panel couvrant la période 2000-2015. L ’ étude s ’ appuie sur la méthode des moments généralisés en système, pour mettre en relief, qu ’ en dehors des fluctuations conjoncturelles, le régime de change, qu ’ il soit fixe ou flexible, n ’ a pas d ’ influence sur la croissance du revenu par tête des pays de la CEDEAO. D ’ après nos résultats, le régime de change fixe exerce un effet négatif mais conjoncturel sur la croissance du revenu par tête des pays de l ’ UEMOA, tandis que, pour les pays de la ZMOA, l ’ effet du régime flexible sur la croissance reste positif mais conjoncturel. A long terme, les déterminants structurels de la croissance du revenu par tête dans les pays de la CEDEAO sont l ’ écart de production, la valeur ajoutée de l ’ agriculture et l ’ investissement. Le régime de change n ’ est pas un déterminant structurel de la croissance économique des pays de la CEDEAO.

Mots-clés : régime de change, croissance.

Jel Classification : E23, F31.

Acronymes :

CedeaO : Communauté des Etats de l ’ Afrique de l ’ Ouest
UemOa : Union Economique et Monétaire Ouest Africaine
zmOa : Zone Monétaire Ouest Africaine


E
XCHANGE RATE REGIMES AND GROWTH IN THE ECONOMIC COMMUNITY OF WEST AFRICAN STATES

Abstract: The objective is to study the effect of the exchange rate regime on per capita income growth of ECOWAS countries, using a panel data covering the period 2000-2015. The study is based on the generalized method of moments, to show that, apart from cycli- cal fluctuations, the exchange rate regime, whether fixed or flexible, has no influence on the growth of the per capita income of the ECOWAS countries. According to our results, the fixed exchange rate regime has a negative but cyclical effect on the growth of the per capita income of the WAEMU countries, while for the WAMZ countries, the effect of the flexible regime on growth remains positive but cyclical. In the long term, the structural determinants of per capita income growth in ECOWAS countries are the output gap, the value added of agriculture, and investment. The exchange rate regime is not a structural determinant of economic growth in the ECOWAS countries.

Keywords : exchange rate regimes, growth.

Introduction

La recherche économique s ’ est beaucoup investie, ces dernières années, sur les effets potentiels de la politique de change, en termes de croissance économique, dans les pays développés et en développement. Toutefois, cet impact n ’ a pas été clairement tranché par la théorie économique.

La nature du régime de change adopté par un pays donné peut avoir des conséquences sur la croissance à moyen terme et ce, de deux manières : soit directement à travers ses effets sur les ajustements aux chocs, soit indirectement via son impact sur d ’ autres déterminants importants de la croissance économique tels que l ’investissement, le commerce extérieur et le développement financier (Bailliu, Lafrance, & Perrault, 2003 ; Aloui & Sassi, 2005). Cependant, les auteurs s ’ opposent sur l ’ appréciation de l ’ efficacité des régimes de change.

Ainsi, Friedman (1953) s ’ est insurgé contre le système des taux de change fixes, arguant qu ’ ils étaient générateurs de crises spéculatives et d ’ instabilité.

Pour Mundell (1961), contrairement à Friedman, la fixité des taux de change réduit, en principe, les incertitudes liées aux transactions internationales. Elle favorise donc le commerce, l ’ investissement et par conséquent, la croissance économique. Cependant, en cas de chocs réels de grande ampleur, la rigidité du taux de change nominal pourrait induire un coût d ’ ajustement relativement important. Pour l’auteur, dans un régime de taux de change flexible, une détérioration significative des termes de l ’ échange conduirait à une dépréciation nominale et réelle de la monnaie (si l ’ inflation est maîtrisée), laquelle devrait permettre de relancer la production intérieure et de rétablir l ’ équilibre externe. Dans le contexte d ’ une zone monétaire, caractérisée par un taux de change fixe, le rétablissement de l ’ équilibre suppose la réalisation des ajustements en termes réels (contraction de la demande intérieure, baisse des prix et des salaires).

Dans l ’ optique de Mac Kinnon (1963) « les petites économies » ont également tendance à être plus ouvertes et à présenter moins de rigidités nominales. Il en est ainsi car l ’ ouverture économique suppose une plus grande résilience, c ’ est-à-dire une plus grande capacité à s ’ adapter aux chocs de nature exogène. Or, l ’ avantage conféré par la fixité du taux de change nominal augmente et, inversement, son coût d ’ opportunité baisse lorsque la part des échanges internationaux dans l ’ activité s ’ accroît.

L ’ approche de Kenen (1969) met en relief la nature de la spécialisation des économies. Selon cette approche, l ’ impact des chocs exogènes affectant la pro- duction et/ou les prix est largement déterminé par le degré de concentration de la production. Par exemple, une forte dépendance vis-à-vis des matières premières, notamment agricoles, rend une économie vulnérable aux chocs climatiques. En revanche, une structure de production plus diversifiée limite l ’ impact, sur l ’ économie, des chocs spécifiques à un type de produit, rendant moins prégnant l ’ usage du taux de change nominal à des fins d ’ ajustement.

Mais Dodge (2007) estime qu ’« un régime de change flottant peut permettre à l ’ économie de s ’ ajuster plus facilement aux chocs, en plus de jouer un rôle important au sein d ’ un ordre commercial et financier libéralisé et fondé sur le marché ». De plus, dans une zone monétaire, pour réagir à un choc survenu dans un pays de la zone par exemple, la banque centrale qui contrôle la monnaie doit s ’ assurer du consentement des autres pays membres de la zone avant de décider par rapport à une éventuelle manipulation du cours de la monnaie commune.

Au sein de la CEDEAO, nous distinguons l ’ Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) et la Zone Monétaire Ouest Africaine (ZMOA).L ’ UE- MOA est composée de huit pays francophones ayant une monnaie unique le franc CFA aligné sur l ’ Euro et à un taux de change fixe. Le Cap vert n ’ est pas dans l ’ UEMOA mais sa monnaie l ’ Escudo est alignée sur l ’ Euro à un taux fixe. La ZMOA est composée des 6 pays restants anglophones sauf la Guinée et qui ont opté pour un taux de change flexible.

Les travaux récents portant sur les pays de la CEDEAO ont donné une diversité de résultats. Simwaka (2010) trouve que les régimes de change fixe devraient être privilégiés par les pays de la CEDEAO, Diop et Fall (2011) estiment pour leur part que ces pays peuvent opter pour des régimes de change fixe et intermédiaire. Par contre, pour Dupasquier, Osakwe et Thangavelu (2005), le régime de change approprié pour les pays de la CEDEAO est le régime de change flexible. Ces résultats contradictoires font ressortir tout l ’ intérêt d ’ approfondir l ’ analyse des effets du régime de change sur la croissance du revenu par tête dans les pays de la CEDEAO.