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OBSTACLES A L’INDUSTRIALISATION DES PAYS D’AFRIQUE DE L’OUEST

Tarno Mamane
Enseignant-chercheur, Université Abdou Moumouni, Département d’Economie, Faculté des Sciences Economiques et de Gestion, Niamey, Niger

Abdo Hassan maman
Enseignant-chercheur, Université Abdou Moumouni, Département d’Economie, Faculté des Sciences Economiques et de Gestion, Niamey, Niger

Auteur correspondant : Mamane Tarno : tarnomamane1960[AT]gmail.com

Résumé : Cet article essaie, en s’appuyant sur la littérature et les statistiques existantes, d’identifier les obstacles au développement des pays d’Afrique de l’Ouest, plus précisément les causes de leur désindustrialisation dont le début remonte aux années 1980. L’analyse a montré que la contreperformance de ces pays est due à leur faible niveau technologique et à la faiblesse de leurs institutions, induisant des coûts de transactions et de production élevés, des difficultés de financement des investissements et d’autres contraintes dont celles liées à la géographie qui, en portant un coup dur à la compétitivité, ont entravé la construction de l’espace économique de l’Afrique de l’Ouest.

Mots-clés : Afrique de l’Ouest, industrialisation, marché, institution, économie de la connaissance, épargne, distance.

Jel Classification : D02, F13, F14, F15, F16, F54.

 

OBSTACLES TO THE INDUSTRIALIZATION OF WEST AFRICAN COUNTRIES

Abstract: This article tries, based on existing literature and statistics, to identify the obstacles to the development of West African countries, specifically the causes of their de-industrialization, which began in the 1980s. The analysis showed that the underperformance of these countries is due to their low technological level and the weakness of their institutions, leading to high transaction and production costs, difficulties in financing investments and other constraints, including those related to geography, which, by striking a blow to competitiveness, hindered the construction of the West African Economic Area.

Introduction

L’industrialisation suppose l’existence préalable d’une demande importante et soutenue. L’évolution des activités industrielles dépend de la taille du marché et du niveau des prix. Jean-Baptiste Say (1803) a énoncé une loi devenue célèbre qui montre que la production ouvre des débouchés aux produits. Ce faisant, il suit les traces d’Adam Smith (1776) pour qui, il existe une taille optimale du marché qui est fondamentale dans le processus de développement d’une nation. Un marché étendu offre aux unités industrielles des possibilités énormes de tirer des avantages substantiels provenant des externalités positives liées à l’existence de leur environnement industriel, avec ses filières et ses réseaux d’entreprises complémentaires et intégrées. La concentration sur un site d’industries permet de générer des économies d’échelle et d’agglomération susceptibles d’induire des baisses significatives des coefficients techniques de production. Elle rend alors possible l’apparition d’entreprises spécialisées, un marché d’inputs, des établissements financiers spécialisés, des activités de services, une meilleure utilisation des infrastructures et de multiples complicités qui caractérisent un milieu dynamique (Delalande, 1987). Cette atmosphère industrielle, qui est comparable à celle de la Silicon Valley dans la région de Californie où existe un climat d’émulation des inventeurs des technologies décisives, contribue largement à la maximisation des effets d’entraînement des branches industrielles motrices à coefficients techniques élevés. La dimension du marché est donc parée de toutes les vertus. Le développement historique des nations va de pair avec celui de l’économie de marché, dont l’essor suppose l’existence d’institutions crédibles (North, 1990), qui encapsulent une masse critique d’informations sur les acteurs du marché.

Cet environnement propice au développement industriel a-t-il prévalu en Afrique de l’Ouest ? Cette région est-elle sur la voie des pays asiatiques et Latino-américains qui, dans une certaine mesure, ont fait leur entrée dans l’ère de l’industrialisation ?

Examinant la structure de production de ces pays, on constate que pour l’essentiel elle est pré-dominée par des activités de services, ce qui est aux antipodes de l’enchaînement des phases du développement tel qu’indiqué par la théorie des trois secteurs. En effet, même incluant l’industrie extractive, leur part au PIB n’excède guère 30%, contre 60 à 70% pour les pays émergés et en voie de l’être (Grellet, 2016). La part de l’industrie manufacturière est partout dérisoire, car aucun pays ouest- africain n’est parvenu à transformer ses matières premières qui malheureusement sont exportées à l’état brut. Ce bas niveau d’industrialisation traduit l’échec de la libéralisation des échanges des produits ouvrés introduite par la Banque Mondiale (1981), qui a d’ailleurs permis à de nombreux pays à structure industrielle inachevée de valoriser le travail de leur population.

De nombreux travaux ont été réalisés sur ce sujet d’importance capitale. Les plus récents, notamment ceux de Totouom (2018) et de Oualalou (2018), analysent des obstacles plus diversifiés. Totouom a, entre autres, identifié le faible niveau des infrastructures de transport, des télécommunications, de l’énergie, la gouvernance et le faible niveau du capital humain. Ayant analysé les expériences d’industrialisa- tion dans le monde, Oualalou a fait deux constats majeurs. Le premier, l’expérience universelle montre qu’il n’y a pas de développement sans industrie, ce que du reste confirme Atangana Ondoa (2018). Le second, l’Afrique est le seul continent en marge du mouvement d’industrialisation. Si aujourd’hui encore sa situation de dépendance et de sous-développement s’accentue, cela est dû à son maintien dans un système d’échange inégal et dans une spécialisation ruineuse où elle ne produit et n’exporte que des matières premières agricoles et minières brutes. Si tant est que ces arguments sont solides, comment alors les pays émergents sont-ils parvenus à s’insérer dans les chaines des valeurs internationales ?

La réflexion de Morris et Fessehaie (2014) est à cet effet éclairante. S’interrogeant sur les moyens de se servir de la croissance économique pour accélérer l’industrialisation des pays africains, ils suggèrent de développer des liens en amont et en aval des secteurs des produits de base, ce qui en d’autres mots est une reconnaissance de la pertinence de l’exportation des produits de base comme modèle d’industrialisation. Il convient cependant de noter que pour autant que ces liens soient importants, ils ne dispensent en aucun cas ces pays d’un effort technologique préalable. Toutefois, comme l’ont montré Kaspar et alii (2019), la technologie ne règle pas tout, les obstacles à l’industrialisation sont moins dus à la technologie elle-même qu’à l’intégration de la chaîne de processus, de la conception à la production et aux tests. Cette réflexion trouve son prolongement dans les analyses par l’approche en termes de cycle de vie totale qui s’interroge sur les conditions à réunir pour garantir la durabilité des produits (Hapuwatte & Jawahir, 2019).