Login

Lost your password?
Don't have an account? Sign Up

LES DÉTERMINANTS DE LA DEMANDE AGRÉGÉE D’ÉLECTRICITÉ EN FRANCE

Francis Bismans
Université de Lorraine, BETA et Research Associate, COEF, NMU, South Africa

Blaise Gnimassoun
Université de Lorraine, BETA

Auteur correspondant : Francis.Bismans@univ-lorraine.fr

Résumé : Cet article a pour objectif premier d’étudier la demande globale d’électricité à court et à long terme pour la France sur la période 1990-T1 à 2015-T3. Il met en œuvre la métho- dologie économétrique connue sous le nom « du général au spécifique » pour estimer un modèle autorégressif à retards échelonnés (ARDL). Ce dernier conduit à une équation finale composée d’une relation de cointégration entre les quatre variables retenues (consommation d’électricité, prix de l’électricité, prix du gaz et PIB réel) et d’un mécanisme à correction d’erreur. À court terme, les déterminants de la demande d’électricité sont principalement constitués par l’occurrence de récessions économiques et par les variations de température.

Mots-clés : demande d’électricité, cointégration, modèle autorégressif à retards échelonnés.

JEL Classification : Q41, C13.

 

THE DETERMINANTS OF THE AGGREGATE ELECTRICITY IN FRANCE

Abstract : This paper mainly aims to study the aggregate electricity demand in the short and long term for France over the period 1990-Q1 to 2015-Q3. To this end, it uses the “General-to-Specific” econometric methodology to estimate an autoregressive distributed lags (ARDL) model. This latest yields a final equation compounded by one cointegrating relation between four variables (electricity consumption, electricity price, gas price and real GDP), and by an error correction mechanism. In the short run, the determinants of electricity demand are essentially made of the occurrence of economic recessions and the variations of temperature.

Keywords : electricity demand, cointegration, autoregressive distributed lags model.

Introduction

L’objectif central de cet article est d’étudier les déterminants de la demande d’élec- tricité en France. Comme on le sait, la consommation d’énergie primaire y est largement dominée par le secteur de l’électricité qui en représente 45,4% en 2014, bien avant le pétrole dont la part est de 30% (Ministère do la Transition Ecologique et Solidaire, 2017). Par ailleurs, la quasi-totalité de la production d’énergie primaire est constituée par l’électricité générée dans les centrales nucléaires.

Cependant, la particularité essentielle de l’étude est de s’intéresser à la demande agrégée, globale, d’électricité, donc tant celle qui émane des ménages ou des admi- nistrations publiques que celle émise par les entreprises. C’est dire que l’objet de cet article est exclusivement macroéconomique. Plus précisément, il s’agit de quantifier l’intensité avec laquelle diverses variables globales peuvent affecter positivement ou négativement la demande totale d’électricité. C’est dire aussi que cette étude vaut pour les implications de politique économique découlant de l’analyse des déterminants de la demande en question.

Il existe, en tout cas au niveau microéconomique, un relatif consensus sur les principales variables à prendre en considération : le prix de l’électricité ; le Produit Intérieur brut (variante : le PIB par habitant) ; le prix des substituts à l’électricité tels par exemple le gaz, le charbon ou encore le pétrole ; des variables climatolo- giques – la température. Reste cependant à voir si ces facteurs affectent de la même manière la consommation globale d’électricité et surtout si des variables proprement macroéconomiques telles les fluctuations cycliques de l’économie ne constituent pas également un déterminant majeur de ladite demande.

De plus, l’étude se veut dynamique dans son principe, ce qui signifie qu’il s’agit d’isoler les temporalités spécifiques avec lesquelles les diverses variables affectent la demande d’électricité agrégée. Dans cet esprit, on cherchera à estimer un modèle économétrique autorégressif et à retards échelonnés, ARDL (autoregressive distri- buted lags).

L’article s’intéresse aussi au lien entre activité économique et consommation d’électricité/énergie, qui a fait l’objet d’une énorme littérature. Ainsi par exemple, la synthèse de Payne (2010) recense plus d’une centaine d’articles traitant de la relation causale entre la consommation d’énergie et la croissance. De surcroît, si la relation elle-même ne suscite guère de contestation, par contre le sens de la causalité est sujet à de multiples controverses, comme l’indique la littérature consacrée à la question. Pour certains auteurs, elle va de la consommation d’énergie à l’activité économique (voir entre autres Lee, 2005 et Narayan et Smyth, 2008). Pour d’autres, ce sont les variations de la seconde qui déterminent celles de la première (Kraft et Kraft, 1978 ; Mehrara, 2007 ; Tsani, 2010). Certains travaux, plus nuancés, font valoir que le sens de la causalité varie selon les pays, avec la possibilité d’une causalité bidirectionnelle [voir: (Asafu-Adjaye, 2000 ; Soytas et Sari, 2003 ; Lee, 2006 ; Huang, Wang et Yang, 2008)].