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LA GESTION DES RISQUES EN AMERIQUE LATINE : UNE APPROCHE PLURIELLE APPLIQUEE BRESIL, MEXIQUE ET CHILI

Camille baulant
Université d’Angers, GRANEM, UFR Droit, Economie et Gestion camille.
baulant[AT]univ-angers.fr.

 

Résumé : L’article analyse les paradoxes que connaissent aujourd’hui les pays d’Amérique latine. Ces pays enregistrent des succès politiques sur la scène internationale mais leur économie souffre d’une ultra-spécialisation dans les matières premières, un manque de compétitivité dans les secteurs industriels et d’inégalités de revenus importantes qui induisent un développement économique non inclusif. La première partie analysera le risque monétaire en considérant le rôle particulier que joue le taux de change réel dans ces pays spécialisés dans les matières premières. La seconde partie du travail étudiera le risque commercial de trois pays d’Amérique latine (Brésil, Mexique et Chili) en mesurant l’impact des politiques industrielles sur la valeur des élasticités revenus et prix de leur commerce extérieur. La troisième partie présentera les risques financiers qui affectent les pays d’Amérique latine depuis la liberté totale des mouvements de capitaux de 1990, en étudiant si les entrées nettes d’IDE dans ces pays ont permis de moderniser les secteurs industriels et d’éviter les situations de ché originel conduisant à des crises de défaut dans ces économies.

mots-clés : Amérique latine, élasticité-prix, élasticité revenus, taux de change réel, Inves- tissement Direct à l’Etranger (IDE), théorie du péché originel.

Jel Classification : F14, F32, F34.

 

Risk management in Latin America: pluralistic approaches applied to brazil, Mexico, and chile

 

Abstract: The paper analyzes controversies about Latin America situations. Those coun- tries have political successes on international markets but their economy is still suffering about an over specialisation in raw material, a lack of competitiveness in industrial sectors, and sharp income inequalities which involves non inclusive development. In the first part, the monetary risk will be studied in analysing the particular role of the real exchange rate for these countries specialised in raw materials. In the second part, the trade risks will be analysed for three countries in Latin America: Brazil, Mexico, and Chile. The analysis com- putes the consequences of industrial policies in Latin America on the values of the income elasticity and price elasticity within their international trade. In the third, the financial risks will be studied through the free movement of capital assets settled since 1990 around the world. The question will be the efficiency of FDI inflows in Latin America in order to modernize industrial sectors, and decrease the original sin situations which involve default crises in Latin America.

Keywords : Foreign Direct Investment (FDI), income elasticity, Latin America, original sin theory, price elasticity, real exchange rate.

Introduction

Au cours des trente dernières années, l’un des faits marquants a été la montée sur la scène internationale des économies en développement et émergentes qui représentent depuis 2006 un poids supérieur au poids des pays avancés dans le partage de la production mondiale exprimée en dollars de Parité de Pouvoir d’Achat (PPA). Les pays asiatiques, la Chine en tête, représentent un poids déterminant dans ce nouveau partage. Pourtant, d’autres groupes de pays ont bénéficié la mondialisation : les Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO) spécialisés dans les produits moyenne gamme mais aussi certains pays en développement spécialisés sur les produits intensifs en main œuvre. Malgré leurs richesses minières, les pays d’Amérique latine ont, moins profité de la mondialisation. Sous l’influence de l’Ecole de la CEPAL, qui institua une politique de « substitution d’importations », les pays d’Amérique latine se sont affirmés sur la scène internationale dès la fin de la seconde guerre mondiale en créant un véritable marché intérieur au sein de chaque pays sud-américain. A partir de 1973 les pays d’Amérique latine ont amorcé un développement industriel en s’appuyant sur la remontée historique des cours des matières premières. Ces pays sont néanmoins en proie à des cycles économiques que la libéralisation des mouvements de capitaux de 1990 semble avoir ampli- fiée. L’objectif du travail est de questionner les paradoxes qui affectent les N.P.I. d’Amérique latine et la nature des risques qui les touchent. Ces pays apparaissent puissants sur la scène internationale en étant capables de s’opposer aux pays avancés au sein de l’OMC. En dépit de ces succès politiques, l’économie réelle de ces pays souffre toujours d’une industrialisation dépendante de leur ultra-spécialisation dans les matières premières et d’inégalités de revenus qui freinent tout développement soutenable. La première partie portera sur le risque monétaire en étudiant le rôle que joue le taux de change réel dans ces pays spécialisés dans les matières premières. La seconde partie du travail étudiera le risque commercial de trois pays sud-américains : le Brésil, le Mexique et le Chili. Il s’agira de mesurer l’impact des politiques industrielles sur les élasticités revenus et prix du commerce de ces pays. La troisième partie analysera les nouveaux risques financiers qui affectent les pays d’Amérique latine depuis la liberté des mouvements de capitaux de 1990. Le rôle des IDE sera étudié pour savoir s’ils permettent de contrer ainsi la « théorie du péché originel » développée pour les pays émergents par Eichengreen (1999).

  1. le risque monétaire en Amérique latine : rôle inversé du taux de change réel

1.1. la question des termes de l’échange en Amérique latine

Sous l’impulsion des travaux des économistes de la CEPAL (ONU, 1949), les pays d’Amérique latine ont adapté une stratégie de développement original dans le contexte de la guerre froide. Entre régime capitaliste et régime socialiste, ils ont adopté une voie pragmatique consistant à se fermer, partiellement, aux échanges internationaux. Les « politiques de substitution d’importations » ont été fondées sur l’instauration de droits de douanes et des quotas d’importation. L’objectif était de lutter contre un échange inégal apparu avec une spécialisation de ces pays dans des produits primaires qui entraînait une double perte. Une première perte à l’échange provenait d’une spécialisation agricole qui était, selon les analyses de Singer (1950), moins dynamique et différenciable que la spécialisation industrielle. Il a montré que les exportions en produits de base sud-américains étaient moins sensibles à la demande mondiale que les exportations en biens industriels pratiquées par les pays développés. Une seconde perte à l’échange, analysée conjointement par Singer (1950) et Prebish (1950), porte sur la baisse des termes de l’échange qui affectait les pays du Sud exportateurs de matières premières. Depuis les analyses de la CEPAL, un grand nombre de courants de pensée en économie internationale : l’Ecole de la dépendance (Bhagwati, 1958; Emmanuel, 1969; Furtado, 1970; Amin, 1973), l’Ecole de la régulation (Mistral, 1982; Lipietz, 1985), les nouvelles théories du commerce international (Lassudrie-Duchène, 1972; Krugman, 1980; Stiglitz, 1986) ou les analystes du risque pays (Hausmann & Panizza, 2003) ont confirmé la faiblesse des élasticités revenu des produits agricoles. Les mesures et l’ampleur des baisses des termes de l’échange ont en revanche donné lieu à de nombreuses controverses (Linder, 1986; Assidon, 1992; Teillet, 2002). La plus importante d’entre elles remet en cause cette baisse, en raison des progrès de productivité de l’industrie manufactu- rière qui poussent les prix de ces produits à la baisse. Dès lors, plus qu’un problème de baisse des termes de l’échange, c’est surtout aujourd’hui le non-contrôle des prix des produits de base par les pays du Sud qui constitue le problème majeur. Les politiques de fermeture commerciale pratiquées par les pays d’Amérique latine au