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INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS ET CROISSANCE ÉCONOMIQUE AU CONGO-BRAZZAVILLE : UNE ÉTUDE PAR L’APPROCHE VECTORIELLE À CORRECTION D’ERREUR (VECM) POUR LA PÉRIODE DE 1980 À 2016
Foreign direct investments and economic growth in Congo-Brazzaville : A study by the vector approach with error correction (VECM) for the period from 1980 to 2016

Ferdinand MOUSSAVOU

Université Marien Ngouabi, Faculté des Sciences Économiques, Congo-Brazzaville fajmoussavou@gmail.com
ORCID : 0000-0001-5178-582X

Abstract : This article analyzes the effects of foreign direct investment on economic growth in Congo-Brazzaville over the period from 1980 to 2016. The empirical analysis is based on the vector error correction model (VECM). The results show that in the short term, human capital, net investments and the exchange rate impact economic growth. In the long run, economic growth is affected by foreign direct investment, human capital, terms of trade, net investment, the exchange rate and domestic credits distributed to the private sectors. Moreover, in the short and long term, the econometric results show that human capital, net investments and the exchange rate influence this growth. These results have important implications for economic policy in Congo-Brazzaville.

Keywords : foreign direct investment, economic growth, Congo-Brazzaville.

Résumé : Cet article analyse les effets des investissements directs étrangers sur la croissance économique au Congo-Brazzaville sur la période de 1980 à 2016. L’analyse empirique repose sur le modèle vectoriel à correction d’erreur (VECM). Les résultats montrent qu’à court terme, le capital humain, les investissements nets et le taux de change impactent la croissance économique. À long terme, la croissance économique est affectée par les investissements directs étrangers, le capital humain, les termes de l’échange, les investissements nets, le taux de change et les crédits intérieurs distribués aux secteurs privés. Par ailleurs, à court et long terme, les résultats économétriques montrent que le capital humain, les investissements nets et le taux de change influencent cette croissance. Ces résultats ont d’importantes implications de politique économique au Congo-Brazzaville.

Mots-clés : investissements directs étrangers, croissance économique, Congo-Brazzaville.

JEL Classification : F23, P52, O55.

Introduction

Depuis l’accélération du processus de mondialisation dans les années 1980, la problématique des investissements directs étrangers (IDE) sur la croissance éco- nomique est devenue une préoccupation fondamentale de tous les débats écono- miques et sociaux (Thaalbi, 2013). Cette préoccupation se justifie, entre autres, par la participation des IDE dans la restructuration industrielle mondiale et dans l’essor des pays émergents et en développement (Caves, 1996 ; Lall, 2000). Aujourd’hui, les IDE sont devenus les principaux mécanismes par lesquels les pays s’intègrent dans l’économie mondiale.

Dans les pays en développement, les IDE constituent des véhicules de l’inter- nationalisation et de la globalisation de la production des firmes multinationales (Regnault, 2013). Ainsi, le marché des investissements est resté dominé par les firmes multinationales (FMN) des économies développées qui détiennent les stocks des IDE les plus importants. Selon la Conférence des Nations Unies sur le Com- merce et le Développement (CNUCED, 2019), dans ces pays, la part des IDE dans la croissance économique est inégalement répartie (25% entre 1980 et 1984 ; 18,6% entre 1985 et 1991 ; 32% en 2012 ; 21% en 2017). Ces variations s’expliqueraient par la faiblesse des prix du pétrole et la récession du secteur des matières premières, et le Congo-Brazzaville n’échappe pas à cette réalité.

En République du Congo, les travaux du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2012) se sont penchés sur la question des effets des IDE sur la croissance économique. Les résultats de leurs études ont révélé que les IDE ont été irréguliers depuis 1995. Ils se sont orientés plus dans le secteur pétrolier que dans le secteur hors pétrole. Ils ont été relativement faibles et très peu attirés par l’environnement (2,3% du PIB entre 1990 et 1998 ; 22% du PIB en 1999 ; 7,5% du PIB entre 2000 et 2005 ; 20% du PIB entre 2009 et 2013 ; 10,6% en 2015). Ainsi, face aux faiblesses des IDE sur la croissance, la Banque Mondiale (2019)2, dans son rapport sur la « facilité de faire des affaires », a classé le Congo-Brazzaville au 180e rang sur 190 pays.

Dans ce pays3, les recherches empiriques portant sur cette problématique sont inexistantes, à notre connaissance. Les travaux traitant indirectement du Congo sont issus, notamment, de Mouélé et Zhang (2015) et Loubassou Nganga (2017) sur la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et ceux de Tsassa Mbouayila (2019) sur le lien entre les IDE et la création des entreprises au Congo Brazzaville.

Dans cette optique, cet article se propose de répondre à la question suivante : les IDE ont-ils influencé la croissance économique congolaise ? Si non, quels seraient les autres facteurs susceptibles d’avoir un effet sur la croissance économique au Congo-Brazzaville ?

L’article a pour objectif d’étudier les effets des IDE sur la dynamique de la crois- sance économique au Congo-Brazzaville, d’un point de vue théorique et empirique, à partir d’un modèle vectoriel à correction d’erreur (VECM) sur la période de 1980 à 2016. Pour ce faire, nous allons, d’une part, tester si les IDE ont eu une influence positive ou négative sur la croissance économique congolaise, avant de vérifier, d’autre part, si le capital humain, les termes de l’échange, les investissements nets, le taux de change et les crédits intérieurs accordés au secteur privé ont influencé positivement la croissance économique au Congo-Brazzaville.

L’article est organisé en quatre parties. La première partie présente la revue de la littérature. La deuxième analyse l’évolution des IDE sur la croissance économique au Congo-Brazzaville. La troisième partie revient sur les aspects méthodologiques. La quatrième présente la méthode d’estimation économétrique, les résultats et leur interprétation, en matière de politique économique.

1.  Revue de la littérature

Nous présentons les débats théoriques et empiriques sur les impacts des inves- tissements directs étrangers sur la croissance économique. Il s’agit de relever les avancées théoriques et les outils statistiques utilisés afin d’apporter des éclairages sur cette problématique.

1.1.  Revue théorique

La littérature consacrée au lien entre les investissements directs étrangers et la croissance économique est inspirée des néoclassiques. Leurs travaux, selon lesquels les IDE sont des catalyseurs de la croissance économique dans les pays peu développés où le taux de chômage parait élevé et l’épargne locale insuffisante, ont trouvé un écho dans les contributions de Solow (1956) et ceux des théoriciens de la croissance endogène. En effet, Solow (1956) a étudié les effets des IDE sur la croissance économique. Pour Solow, l’effet des IDE sur la croissance est limité, il impacte seulement le niveau du revenu. Toutefois, le taux de croissance à long terme n’est pas modifié, en raison de la loi des rendements décroissants.

D’après les théoriciens de la croissance endogène, notamment (Romer, 1986 ; Lucas, 1988 ; Barro, 1991 ; Aghion & Howitt, 1988, 2000 ; Barro & Sala-i-Martin, 1995, 2004), l’impact des IDE sur le produit intérieur brut est plus efficace que les investissements internes car les IDE permettent l’incorporation de nouvelles tech- nologies dans la fonction de production du pays d’accueil. Certains pays peuvent bénéficier de cette diffusion de la technologie, alors que d’autres peuvent aller plus loin en la développant. Dans cette optique, les IDE ne représentent qu’une accumulation de capital.

1.1.  Revue empirique

Les travaux empiriques sur les effets des investissements directs étrangers sur la croissance économique sont nombreux, avec des résultats controversés. Ces travaux sont positifs dans certains cas, négatifs ou sans impacts dans d’autres. De Soto (2000), Durham (2004), Li et Liu (2005), Darrat, Kherfi et Soliman (2005), Mansouri (2009), Bouoiyour, Hanchane et Mouhoud (2009), Alaya, Nicet-Chenaf et Rougier (2009), Agrawal et Khan (2011), Brahim et Rachdi (2014) et Zghidi, Sghaier et Abida (2016), par exemple, ont analysé, dans les pays développés et en développement, la relation entre les IDE et la croissance économique. Ces auteurs ont révélé l’exis- tence d’une relation positive entre les deux variables. En revanche, Blomström et Wang (1992), Hermes et Lensink (2003), Alfaro (2003), Meschi (2006) et Ntanga Ntita, Kazadi Ntita et Ntita Ntita (2019) ont constaté que les investissements directs étrangers exercent un impact contraire sur la croissance économique. Pour Ajide, Adeniyi et Raheem (2014), Alege et Ogundipe (2014) et Agbloyor, Gyeke-Dako, Kulpo et Abor (2016), les IDE n’affectent pas la croissance économique.

Dans cette dynamique, les recherches sur les impacts des investissements directs étrangers sur le développement financier ne sont pas restées en marge de cette problématique. Ainsi, Adeniyi, Omisakin, Egwaikhide et Oyinlola (2012) ont mené une investigation dans quelques économies ouvertes en développement sur les liens de causalité entre les IDE, la croissance économique et le développement financier. En utilisant le modèle Vecteur à Correction d’Erreur (VECM), ils ont montré que le degré de la sophistication financière est important pour bénéficier des avantages des IDE sur la croissance économique dans les économies étudiées. Ongo Nkoa

(2018), à partir d’un échantillon de 50 pays africains, au cours de la période de 1980–2016, a validé ce résultat.

Cependant, les études qui ont examiné les liens entre les investissements directs étrangers et la croissance économique se sont multipliées à partir des années 2013, notamment, Thaalbi (2013), Shuaibu et Fowowe (2014), Azeroual (2016), Mali- kane et Chitambara (2017) et Fayou (2018). Ainsi, l’étude de Thaalbi (2013) qui s’inscrit dans le contexte de la Tunisie, s’est intéressée à évaluer les déterminants et les impacts des IDE sur la croissance économique. Les résultats de cette étude ont montré la nécessité pour la Tunisie de disposer des ressources en capital humain.

De même, dans une étude menée dans 30 pays d’Afrique sur la période de 1981 à 2011, Shuaibu et Fowowe (2014) ont mesuré les effets des IDE sur la réduction de la pauvreté. Leurs résultats ont montré que les IDE contribuent positivement et de façon significative à la réduction de la pauvreté. Pour ces auteurs, les meilleures institutions, en matière de gouvernance et de développement du capital humain, favorisent la réduction de la pauvreté.

Pour sa part, Azeroual (2016) a analysé l’impact des investissements directs étrangers sur la productivité totale des facteurs (PTF) au Maroc, sur la période de 1980 à 2012. Les résultats de ces travaux ont révélé que les IDE n’expliquent pas de la même manière la productivité totale des facteurs. Seuls les IDE émanant de la France sont statistiquement significatifs et exercent un effet positif sur la PTF.

Par ailleurs, dans une étude publiée en 2017, Malikane ainsi que Chitambara ont mené une recherche sur le lien entre les IDE, la démocratie et la croissance en recourant à un panel de 8 pays d’Afrique du Sud (Botswana, RDC, Malawi, Îles Maurice, Afrique du Sud, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe) sur la période de 1980 à 2014. Ils ont abouti aux résultats selon lesquels les effets des IDE sur la croissance économique dépendent du niveau de démocratie des pays d’accueil.

Fayou (2018) s’est interrogé sur l’interaction entre les IDE et la performance des exportations dans un échantillon de 23 pays en développement. Il a utilisé le modèle en données de panel dynamique. Les résultats de cette recherche ont révélé l’existence d’une relation positive entre les investissements directs étrangers entrants et la performance des exportations.

La littérature récente sur la relation entre les investissements directs étrangers et la croissance économique insiste sur les institutions et la gouvernance. Ainsi, en concentrant leurs travaux dans 41 pays d’Afrique subsaharienne (ASS), Nguegang, Nembot Ndeffo et Ndjieunde (2019) ont montré que la qualité des institutions, des services publics, des réglementations et du droit exerce des effets positifs dans ces pays.

Il ressort de la littérature traitant les effets des IDE sur la croissance économique que plusieurs variables (capital humain, termes de l’échange, investissements nets, taux de change, crédits intérieurs fournis au secteur privé) peuvent être mis en lumière comme déterminants significatifs susceptibles d’expliquer ces effets. Pour mieux apprécier cette problématique, nous examinons l’évolution des IDE dans un contexte de croissance économique au Congo-Brazzaville.