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INTÉGRATION ÉCONOMIQUE ET SYNCHRONISATION DES CYCLES DE CROISSANCE DANS LA ZONE UEMOA : UNE APPROCHE EN PANEL DYNAMIQUE

Cheikh Tidiane ndiaye
LARES, UFR de Sciences Economiques et de Gestion (SEG), Université Gaston Berger, BP.234, Saint-Louis, Sénégal
cheikh-tidiane.ndiaye@ugb.edu.sn

Idossou marius adom, Papa daouda amad diene
Ingénieurs Statisticien Economiste formé à l’ENSAE, Sénégal

 

Résumé : L’objectif de cet article est de savoir de quelle manière évolue le degré de synchronisation des cycles de croissance réelle dans l’UEMOA et dans quelles mesures l’intégration économique impacte-t-elle cette synchronisation. Pour répondre à ces questions nous avons proposé une nouvelle approche de mesure du degré de synchronisation multilatérale des cycles économiques, et nous avons estimé un modèle de type panel dynamique par la méthode des moments généralisés conditionnels en deux étapes proposés par Arellano et Bond (1991), Bover et Blundell (1998). Nos analyses ont montré que les interrelations entre les économies de l’UEMOA en termes d’échanges commerciaux sont très limitées. Néanmoins, la synchronisation bilatérale de cycles, bien que faible, évolue depuis 2006. D’après nos estimations, en somme, nous pouvons dire que les résultats obtenus suggèrent que les déterminants clés de la synchronisation des cycles de croissance économique dans l’UEMOA sont le degré de la synchronisation de la période antérieure, les différences de structures de production, les différences d’inflation, et les chocs extérieurs communs.

mots-clés : synchronisation des cycles, intégration économique, panel dynamique, GMM, UEMOA.

Jel Classification : C23, E32, F02, F15, F36.

Economic integration and synchronization of growth cycles in the waemu zone : a dynamic panel approach

Abstract : The purpose of this article is to find out how the degree of synchronization of real growth cycles in WAEMU is changing and to what extent does economic integration impact this synchronization. To answer these questions we introduced a new measure- ment approach and a dynamic panel type modeling estimated by the two-step conditional generalized moments method proposed by Arellano and Bond (1991) ; Bover and Blundell (1998). Our empirical analyzes have shown that the interrelationships between the UEMOA economies in terms of trade are very limited. Nevertheless, the bilateral synchronization of cycles, although weak, evolves since 2006. According to our empirical investigations, in sum, we can say that the results obtained suggest that the key determinants of the syn- chronization of the economic growth cycles in the UEMOA are the synchronization of the previous period, differences in production patterns, differences in inflation, and common external shocks.

Keywords : synchronization of cycles, economic integration, dynamic panel, GMM, WAEMU.

Introduction

Depuis la création des institutions de Breton Woods jusqu’à nos jours, l’écono- mie mondiale a connu une synergie croissante sous les impulsions du commerce international et de la libéralisation croissante des comptes des capitaux. En plus des motivations politiques, géopolitiques et sécuritaires que peuvent brandir les défenseurs d’une union économique (Villareal, 2005), des arguments économiques tels que la mondialisation, l’évolution des conditions du marché, l’intensification de la concurrence et les incertitudes politico-économiques posent de nouveaux impératifs dans la façon dont les pays sont organisés (Bolaños, 2016). L’intégra- tion économique devient une nouvelle tendance et de nombreux pays de tous les continents joignent leurs forces pour s’assurer une stabilité macroéconomique (Bonilla Bolaño, 2014).

Cependant, la théorie traditionnelle de l’intégration douanière reste ambiguë quant à son effet sur le commerce, notamment avec l’analyse pionnière de Viner (1950). En effet, selon cet auteur, l’effet net de l’intégration douanière est la somme de deux effets que sont l’effet de trafic et l’effet de détournement. Le premier cor- respond à l’intensification des échanges commerciaux entre les Etats membres de l’union douanière et le second à la baisse des échanges commerciaux entre les pays de l’union et le reste du monde. Concernant les unions économiques et monétaires, les premiers fondements théoriques remontent à Tinbergen (1954) et Balassa (1961). Pour Tinbergen, l’intégration économique est « la création de la structure la plus

désirable de l’économie internationale, en supprimant les barrières artificielles à l’opération optimale et en introduisant délibérément tout élément souhaitable pour la coordination ou l’union ». Pour Balassa, cela constitue un processus qui peut être divisé en plusieurs étapes. Plus précisément, le dictionnaire du commerce international définit l’intégration économique comme étant « la forme la plus éla- borée que peut prendre un accord commercial régional : c’est un marché unique doublé de l’unification des politiques économiques et sociales ». Ainsi, l’intégration économique vise l’élimination des disparités qui existent entre des économies partenaires, pour aboutir à une zone d’économies relativement homogènes et qui évoluent de la même manière.

Par ailleurs, la formation d’une union monétaire nécessite des cycles écono- miques fortement corrélés pour les pays membres (Mundell, 1961 ; Bayoumi & Eichengreen, 1993 ; Christodoulakis, Dimelis, & Kollintzas, 1995 ; Alesina & La Ferrara, 2002). La littérature valide un lien étroit entre la synchronisation des cycles économiques et l’intégration commerciale, qui dépend de la nature des chocs et de la structure économique des pays (Frankel & Rose, 1998 ; Rose, 2000). Deux économies seront réputées avoir leurs cycles économiques synchronisés lorsque leurs PIB connaissent une évolution similaire (Elgahry, 2014). Ainsi, l’étude de la synchronisation des cycles a connu un regain avec l’intensification des accords multilatéraux de libre-échange et de mobilité des capitaux.

Les tentatives de création d’union économique se sont multipliées ces dernières décennies en débutant par la signature d’accords d’intégration régionaux. Ces partenariats dénotent d’une volonté de constituer des zones économiques régio- nales qui permettraient non seulement de bénéficier des avantages d’un marché commun plus large, mais aussi de coordonner les actions de manière à tirer le meilleur parti de la mondialisation. Ces accords se sont généralement réalisés au sens géographique suivant les continents.

Dans le cas des pays de l’UEMOA, la littérature est plutôt moins abondante. Nous pouvons mentionner Gammadigbé (2012) qui a évalué le degré de synchronisation des cycles du PIB réel des pays de l’UEMOA et a abouti à des résultats selon lesquels le degré de synchronisation est très faible dans l’union. A l’opposé, Diagne et Niang (2008) ont trouvé que les cycles économiques dans les zones UEMOA et CEMAC, et dans la zone franc en général sont fortement synchrones. De même, Quah (2016) a évalué l’adéquation du degré de conformité des économies de l’UEMOA aux critères de la ZMO. Son étude s’est plutôt focalisée sur la comparaison du degré de synchronisation des pays de la zone UEMOA avec des économies de référence telles que l’Union Européenne, les Etats-Unis, et la Chine. Ses résultats suggèrent que la monnaie de l’union soit arrimée au Yuan chinois plutôt qu’au franc CFA. Toutefois, les réalités de l’UEMOA, en l’occurrence le processus de sa mise en place autorise seulement à s’attendre à la synchronisation ex-post des cycles réels de l’espace (Gammadigbé, 2012). Dans cette perspective, en considérant l’intégration

économique comme un processus conformément à la vision de Balassa (1961), il serait plutôt pertinent de mesurer les avancements réalisés en évaluant l’impact du niveau de l’intégration économique réalisée sur la synchronisation des cycles. C’est justement ce à quoi s’attelle ce papier. Autrement dit, nous tacherons de répondre à la question de savoir dans quelles mesures le degré d’intégration économique et monétaire influence le niveau de similitude de l’évolution des cycles d’affaire des pays de l’UEMOA.

Au-delà de l’objectif empirique que constitue la réponse à cette question, nous nous fixons un autre objectif d’ordre technique relatif à la mesure des indices de synchronisation et d’intégration. En effet, dans la littérature la plupart des travaux mettent les pays en relation deux à deux pour les mesures d’interactions ou de similitude. Dans la suite de ce papier nous allons désigner cette approche par l’ap- proche d’analyse bilatérale. Or, les interactions entre les membres d’une union se déroulent de façons simultanées et conjuguées, chaque pays avec les autres membres de l’union. Dès lors, une approche beaucoup plus fidèle de mesurer l’intégration et la synchronisation serait de considérer ces synergies multilatérales. D’où nous proposons une analyse multilatérale, et mettons en évidence les effets éventuels de la manière de mesurer des interrelations et similitudes sur les résultats obtenus. Par ailleurs, aucune étude à notre connaissance n’a encore cherché à mettre en relation l’intégration économique et monétaire des pays de l’UEMOA et le niveau de syn- chronisation du cycle des affaires des pays membres de l’union. Nous introduisons donc cette investigation novatrice dans l’étude de la synchronisation des cycles de croissance dans l’UEMOA.

Cet article tente d’apporter une contribution au débat sur les cycles économiques et l’intégration économique dans la zone UEMOA. Elle présente aussi des intérêts pratiques relatifs, entre autres, à la vérification de la pertinence des accords de libre- échange en termes de convergence des économies. C’est une question particuliè- rement cruciale dans le contexte de l’UEMOA où de plus en plus de voix appellent à l’abandon du franc CFA dont la parité est fixée par rapport à l’euro depuis des années. Aussi, l’identification des sources de la synchronisation permettra aux Etats membres de l’union de mieux orienter leurs interventions politiques pour la conver- gence des économies et une meilleure coordination des initiatives individuelles.

La suite de l’article est organisée de la façon suivante. Dans une première sec- tion, nous faisons une brève revue de littérature sur les thèmes de l’intégration économique et de la synchronisation des cycles économiques. Dans la deuxième, nous présentons quelques faits stylisés sur l’intégration économique et la synchro- nisation des cycles économiques dans l’UEMOA. La troisième partie est consacrée à l’approche méthodologique et à la présentation des résultats et discussions. La conclusion s’en suivra.

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