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COMMERCE INTERNATIONAL, CROISSANCE ÉCONOMIQUE ET ENVIRONNEMENT AU SÉNÉGAL
International trade, economic growth and environment in Senegal

Cheikh Tidiane NDOUR

Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Faculté des Sciences Economiques et de Gestion Département d’Economie, Sénégal
Cheikht.ndour@ucad.edu.sn
ORCID : 0000-0003-2080-4295

Adama FAYE

Université Alioune Diop de Bambey, UFR Santé et Développement Durable Département Développement Durable, Sénégal maiyalla@gmail.com/adama.faye2@uadb.edu.sn
ORCID : 0000-0002-7849-2469

Abstract : This paper aimed to bridge the gap in the literature on the relationship between international trade, economic growth and the environment by contributing to a new ana- lysis by country. In this regard, the relationship between international trade and carbon (CO2) emissions was investigated by simultaneously checking the environmental Kuznets curve (EKC) hypothesis. From time series data over the period 1971–2016, our methodo- logy relied on cointegration analysis with the Autoregressive Distributed Lag (ARDL) test approach. The results show that the intensity of international trade decreases CO2 emissions in Senegal. In addition, the analysis confirms the long-term U-shaped hypothesis between CO2 emissions and economic growth.

Keywords : international trade, economic growth, CO2 emissions, environmental Kuznets curve.

 

Résumé : Ce papier a pour objectif de combler le fossé de la littérature sur la relation entre commerce international, croissance économique et environnement en contribuant à une nouvelle analyse par pays. À cet égard, la relation entre commerce international et les émissions de carbone (CO2) est étudié en vérifiant parallèlement la validité de l’hypothèse de la courbe de Kuznets environnementale (CEK). A partir des données chronologiques sur la période 1971–2016, la méthodologie s’est appuyée sur l’analyse de cointégration avec l’approche de test lié au retard distribué autorégressif (ARDL). Les résultats attestent que l’intensité du commerce international diminue les émissions de CO2 au Sénégal. En outre, l’analyse confirme l’hypothèse en U à long terme entre les émissions de CO2 et la croissance économique.

Mots-clés : commerce international, croissance économique, émission de CO2, courbe de Kuznets environnementale.

JEL Classification : Q50, Q56.

Introduction

Depuis plusieurs décennies, la protection de l’environnement est devenue une préoccupation nationale et internationale. Les observations scientifiques montrent que la température mondiale n’a cessé d’augmenter depuis 1870, enregistrant un taux de croissance annuel moyen de 0,8°C. Par ailleurs, la dernière décennie a été la plus chaude jamais enregistrée, entraînant ainsi de nombreuses perturbations climatiques à l’instar des inondations, des sécheresses, de la désertification etc. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) issues de l’activité humaine en sont très probablement la principale cause : entre 1970 et 2004, celles-ci ont augmenté de 70% à l’échelle mondiale.

Au cours des dernières années, le Sénégal a connu un dynamisme du commerce international, une croissance économique et démographique important ancré dans un contexte de réchauffement climatique mondial. Même si le Sénégal soit un pays faiblement émetteur de gaz à effet de serre, il reste vulnérable aux effets néfastes du changement climatique. Soucieux d’un développement durable, il s’est fortement engagé, dans le cadre de la contribution déterminée nationale, à réduire les émis- sions de CO2 et à adopter les mesures édictées à l’échelle mondiale, notamment dans le cadre de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC).

Comprendre l’impact du commerce international et du développement éco- nomique sur la qualité de l’environnement devient alors crucial dans un contexte mondial de plus en plus préoccupé par ces changements. Dans les pays en déve- loppement comme le Sénégal, très peu d’études ont cherché à déterminer l’effet du commerce sur l’environnement. Au sein de la littérature, le débat originel de la dégradation de l’environnement s’est accentué sur les effets du développement économique donnant naissance à la courbe environnementale de Kuznets. Ainsi, la principale critique de la courbe de Kuznets est la non pris en compte du poids du commerce international dans sa capacité à réduire les émissions polluantes (Dean, 2002). Rare sont les papiers examinant la relation entre commerce international et la préservation de l’environnement. Lors du dernier cycle de négociations du GATT, plusieurs documents ont analysé les implications environnementales de la libéralisation du commerce multilatéral, souvent en mettant l’accent sur l’agricul- ture et les industries des ressources naturelles (Anderson, 1992 ; Cook et Tobey, 1992 ; IFPRI, 1990 ; Lutz, 1992 ; OCDE, 1994).

Dans ce papier, il est étudié l’impact du commerce international sur l’environ- nement. Pour se faire, une estimation empirique qui combine des variables quan- titatives dans le but d’analyser de façon plus large la manière dont le commerce international peut contribuer à la protection de l’environnement d’une part est effectué. Il s’agira de voir pour le Sénégal si le commerce international peut être source de dégradation de l’environnement.

Dans la première section de cette étude, nous exposerons une revue de la littéra- ture empirique sur l’impact du commerce international sur l’environnement. Dans la deuxième section, servant comme moyen de validation empirique du modèle, nous présenterons le modèle. La troisième section sera réservée à la présentation des résultats et de leurs interprétations.

1.  Revue de la littérature sur le lien entre commerce international et environnement

Le débat sur les rapports entre le commerce international et l’environnement a fait couler beaucoup d’encre depuis plusieurs années et dans les différentes tribunes nationales et internationales. Le principal sujet de préoccupation se tourne sur la possibilité pour le commerce de contribuer à la protection de l’environnement. Des études empiriques ont montré que le commerce peut permettre de réduire les dégâts causés à l’environnement. D’autres, par contre affirment qu’il est responsable en partie de la situation actuelle de notre environnement.

Grossman et Krueger (1993) sont les premiers à étudier la relation entre le revenu par tête et la pollution. Ils sont mis en relief l’effet technique et l’effet d’échelle2 à partir de la seule variable PIB par tête. Leurs précurseurs Gale et Mendez (1998) montrent que l’accroissement du PIB par tête peut diminuer le niveau de pollution et cela quel que soit le revenu du pays3. Pour déterminer l’effet de composition en facteurs de production, ces auteurs utilisent les dotations d’un pays en facteur

travail, capital et terres cultivables. Ils concluent que la pollution augmente avec l’accroissement en capital et diminue avec celle du travail et en terres cultivables. Par conséquent, les pays riches ou développés mieux dotés en capital doivent se spécialiser dans l’exportation des biens polluants.

Théoriquement, Gale et Mendez (1998) ont utilisé le modèle de Antweiler, Copeland et Taylor (1998) qui ont basé leurs estimations économétriques sur un échantillon de 2713 observations venant de 293 sites répartis dans 111 villes de 44 pays différents. Le dioxyde de souffre (SO2) a été utilisé comme le seul indica- teur pour capter la qualité de l’environnement. Les résultats obtenus indiquent que si le commerce accroit le PIB total et celui par tête de 1% alors l’effet net du commerce est de réduire les concentrations en pollution d’environ 1%. Leurs résultats montrent également l’existence d’une relation négative entre le degré d’ouverture d’un pays et la concentration en dioxyde de souffre. Par conséquent, plus de commerce extérieur entraine plus de richesses créées et moins de dégra- dation de l’environnement.

Frankel et Rose (2005) ont étudié l’impact du commerce extérieur sur l’envi- ronnement au sein de plusieurs pays. En effet, ils ont utilisé trois types d’émissions polluantes à savoir le SO2, le NO2 et les particules suspendues. Ces différentes variables sont expliquées par le revenu par tête, le taux d’ouverture au commerce extérieur, et deux autres variables non économiques telles que ; le régime politique et la surface du terrain par habitant. Les résultats obtenus au sein de nombreux pays indiquent que le commerce permet de réduire les trois émissions polluantes mais de manière différente : d’une manière plus significative pour le SO2, moyennement pour le NO2 et plus faiblement pour les particules.

A l’aide des statistiques des échanges mondiaux de 1973–1998, Smulders (2004)

montre que les exportations de marchandises totales ont augmenté de 9%, au même moment où la part des biens polluants a diminuée. Selon l’auteur, une hausse des échanges n’est pas synonyme de l’augmentation de la pollution. De même, les pays ouverts ont moins de pollution par unité de PIB. Par conséquent, ils sont plus disposés à adopter une technologie plus propre. Ainsi, il conclue que le problème de pollution imputé souvent au commerce extérieur s’exacerbe avec la politique protectionniste.

Plusieurs études se sont intéressées au lien entre la libéralisation des échanges et la dégradation environnementale (Eiras & Schaefer 2001 ; Shahbaz, Solarin, & Ozturk, 2016). Pour ce qui est de Eiras et Schaefer (2001), ils ont montré les effets bénéfiques de l’ouverture commerciale dans les pays ouverts à l’échelle interna- tionale. Ils indiquent que les pays dont le taux d’ouverture à l’étranger est faible possèdent un « indice moyen de l’environnement durable » moins élevé de 30% que les pays qui sont totalement ouverts. De même, cet indice est évalué comme deux fois plus faible dans les pays possédant des barrières à l’entrée et à la sortie assez rigides par rapport aux pays ouverts.

D’autres études ont reconnu l’impact positif de la libéralisation des échanges sur la qualité de l’environnement sans mettre l’accent sur l’importance de l’instru- mentalisation de la variable du commerce international qui dépend de plusieurs facteurs explicatifs. Parmi ces travaux, on peut noter ceux d’Antweiler et collabo- rateurs (2001), Copeland et Taylor (2004), Dean (2002), Frankel et Rose (2005), Harbaugh, Levinson et Wilson (2002) et Lucas, Wheeler et Hettige (1992).

Grossman et Krueger (1991) ont montré que l’application de normes pour la protection de l’environnement pouvait favoriser les flux commerciaux entre le Mexique et certains de ses pays voisins plus précisément les États–Unis et le Canda. Aussi, à travers le modèle « Heckscher–Ohlin », ces auteurs ont utilisé le modèle à équation unique. Ils ont conclu que le commerce international pouvait jouer un rôle important dans la réduction des activités polluantes pour le Mexique à travers la spécialisation dans les industries non qualifiées n’exigeant pas une main-d’œuvre compétente. Par contre, Antweiler et collaborateurs (2001) ont conclu que la com- position de la production à forte émissions polluantes ne pouvait pas être influencée et améliorée à travers la libéralisation commerciale.

Enfin, Ben Zineb (2019), à travers un modèle d’équations simultanées pour un ensemble de 27 pays de l’OCDE pendant la période 1996–2015 et 58 pays en développement (21 pays à faible revenu et 27 pays à revenu intermédiaire) pendant la période 2005–2015 a abouti à des résultats variés. Les résultats sur un ensemble de pays développés (27 pays de l’OCDE) durant la période 1996–2015, mettent en présence l’existence d’un effet de structure qui est le plus dominant durant la période 2005–2015. Durant cette même période, l’auteur a mis en exergue la présence d’un effet d’échelle. Quant à l’effet technique, il ne se manifeste pas à travers le renforcement de la politique environnementale mais à travers le déve- loppement des activités de l’agriculture préservant la qualité de l’environnement. Il conclut aussi que l’augmentation du poids de l’industrie dans l’activité économique a contribué à l’accroissement des émissions de CO2. Aussi, l’ouverture commerciale accroit l’avantage d’acquisition de nouvelles techniques et outils auprès des pays développés. De même, elle incite les pays à respecter les normes des techniques de production et les dispositions en faveur de l’environnement des autres pays et par conséquent à respecter les normes internationales. Il affirme également que la libéralisation des échanges contribue à l’atténuation des émissions polluantes pour les pays qui ne cherchent pas à accroitre le capital au détriment de l’environne- ment. Enfin, pour les deux échantillons que sont : pays en développement et pays de l’OCDE, Ben Zineb (2019) montre qu’à travers l’accumulation du capital, le commerce international peut augmenter la pollution atmosphérique, ce qui peut conduire donc à la dégradation de l’environnement.

En somme, les travaux empiriques et théoriques étudiant la relation entre com- merce international et l’environnement sont abondants mais les résultats obtenus sont loin de faire l’objet d’un consensus entre les différentes parties concernées.

De plus, l’essentiel de ces travaux sont consentis dans les pays développés, rares dans les pays en développement.